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Un corbeau commun (corvus corax), pris en photo aux Etats-Unis.

Pas si bête, le corbeau !

3 min
À retrouver dans l'émission

En Europe, le corbeau diabolisé a pris le pas sur le corbeau rusé, mais la science la plus actuelle comme des observations anciennes convergent pour faire du corbeau un animal étonnant d'intelligence.

Un corbeau commun (corvus corax), pris en photo aux Etats-Unis.
Un corbeau commun (corvus corax), pris en photo aux Etats-Unis. Crédits : Robert Alexander - Getty

Dans une célèbre fable, le corbeau se fait duper par le renard. Mais est-il aussi naïf que la fable le laisse entendre ? En réalité, dans les mythes et contes des cultures nord-américaines, sibériennes, nordiques, le corbeau est le plus souvent un coquin, un rusé. Donc pas si bête, le corbeau ! Mais au cours de l’histoire, et particulièrement dans l’Europe chrétienne, leur comportement nécrophage, leur cri rauque et leur plumage noir les ont progressivement associés au lugubre et à la mort, et ils ont fini par passer pour des oiseaux de mauvais augure.

Rusé ou lugubre ? Lequel des deux ? En Europe, le corbeau diabolisé a pris le pas sur le corbeau rusé. Le champ de blé aux corbeaux peint quelques jours avant son suicide par Van Gogh, les menaçants corbeaux d'Hitchcock parachèvent cette sinistre réputation.

Mais la science la plus actuelle comme des observations anciennes convergent pour faire du corbeau un animal étonnant d'intelligence. En Norvège, le surnom des oursins est kråkeball, autrement dit "boules à corbeaux" car ces derniers pour se régaler sans se piquer saisissent les oursins en bord de mer, s'envolent et les laissent chuter sur les rochers où ils se brisent. Festin garanti sans épines ! Les scientifiques testeurs – et surtout admirateurs de corbeaux – ont constaté que les corbeaux pouvaient obtenir une récompense en enchaînant logiquement jusqu'à huit manipulations, sans avoir appris préalablement à mettre ces étapes dans le bon ordre.

"Avoir une cervelle d'oiseau"

Les corbeaux sont également sociaux ; il suffit de les observer s'abattre sur un champ en hiver. Et c’est ce qui a poussé les admirateurs des corbeaux à les suspecter d’empathie vis-à-vis d’un congénère. Aussitôt dit, presqu'aussitôt fait. Une étude récente a mis au point une expérience démontrant chez les corbeaux une contagion émotionnelle face à un congénère en difficulté. L’image que l'on se fait des corbeaux est donc en train de changer. Et cela s’accompagne d’une leçon fort intéressante qui, une fois de plus, bouscule notre anthropomorphisme.

Les capacités cognitives des mammifères sont associées au développement d'une partie périphérique du cerveau, le néocortex. Comme les oiseaux n’ont pas de néocortex, on a eu un peu trop tendance à négliger leurs capacités cognitives. Dans la langue populaire, "avoir une cervelle d’oiseau" n’est pas un compliment. Comme si, pour être intelligents, les animaux devaient avoir la même anatomie que la nôtre !

Alors, où sont donc logées les capacités cognitives des corbeaux ? On les a détectées dans un cortex peu développé. Bizarre, non ? Le cortex des oiseaux est pavé de petits neurones très denses, plus denses que chez les mammifères. Les neurones des mammifères se relient entre eux par du câblage long. Ceux des oiseaux par du câblage court. Contrairement à toute attente, chez les corbeaux, petite tête et intelligence vont ensemble ! En d’autres termes, les oiseaux n’ont pas besoin d’avoir la grosse tête pour être intelligents.

rediffusion de la chronique du 24 août 2020

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