LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Facile de distinguer les mâles des femelles dans ce groupe de narvals : seuls les premiers sont dotés d'une défense.

Le narval, un escrimeur ?

3 min
À retrouver dans l'émission

De la nature à la culture se glissent parfois quelques paradoxes. Ainsi, l’époque médiévale a-t-elle consacré la licorne comme un symbole de féminité alors même que dans le monde animal, la corne torsadée du narval est bien un attribut masculin.

Facile de distinguer les mâles des femelles dans ce groupe de narvals : seuls les premiers sont dotés d'une défense.
Facile de distinguer les mâles des femelles dans ce groupe de narvals : seuls les premiers sont dotés d'une défense. Crédits : Corey Ford/Stocktrek Images - Getty

La corne de la licorne a tellement fasciné les Occidentaux et se vendait si cher que je n’allais pas vous laisser sans explication ! En provenance d’Europe du Nord, les cornes de licornes valaient plus que l'or. En 1576, Élisabeth Ire d’Angleterre en aurait payé une 10 000 livres, soit le prix d’un château de l’époque.

Ces cornes avaient en outre la réputation de neutraliser les poisons, et on y taillait des petits verres. Assurance vie contre les empoisonneurs ! Au XVIIIe siècle, elle fut identifiée comme une incisive supérieure gauche de narval, Monodon monoceros, cétacé de l’océan Arctique. Les scientifiques se sont alors demandé à quoi pouvait bien servir cette dent aberrante.

Rappelons d’abord sa taille : sa longueur chez le mâle est supérieure à deux mètres. Chez la femelle, elle reste dans le maxillaire et n’excède pas quinze centimètres. Dans un cas sur 500, les deux incisives, gauche et droite, croissent, ce qui donne un narval à deux dents.

Une dent multifonctions 

Lacépède, naturaliste au Muséum national d’Histoire naturelle, écrivait en 1804 : « Et dès lors, quel habitant des mers pourrait ne pas craindre le narval ? Non seulement avec ses dents, il fait des blessures mortelles, mais il atteint son ennemi d’assez loin pour n’avoir à redouter ses armes ». Mais s’agit-il vraiment d’une arme ? Oui : on a retrouvé plusieurs spécimens blessés, avec des morceaux de dents fichés dans la mâchoire ou dans la peau. Des combats entre mâles ont été observés et ils provoquent estafilades et blessures.

En revanche, lorsqu’ils se déplacent en groupes de quelques dizaines d’individus, les narvals posent leur dent sur le dos du congénère qui nage devant lui, évitant de le blesser. L’analyse anatomique de la dent indique qu'elle est creuse et abrite un nerf connecté au cerveau. Sa couche superficielle laisse passer des pores reliés à la pulpe centrale. Cette dent est aujourd’hui interprétée comme un organe sensoriel qui capte la salinité, la température, les variations de pression et sert à la détection des hormones femelles.

La torsade de la dent augmente la surface de contact avec l’eau de mer et, donc, l'efficacité du système. En outre, des chercheurs ont observé des narvals en train de frapper des poissons à l’aide de leur dent avant de les consommer. Voilà donc un organe multifonction : antenne hydrographique, arme, outil de pêche à la matraque.

La leçon inattendue de la corne de licorne, c’est qu’un organe, aussi étrange soit-il, peut servir à plusieurs tâches. Avant de quitter le narval et sa gigantesque dent… il reste une question. Au fait… seuls les mâles l’ont ! Comment font les femelles, alors ? Comme le narval est un mammifère social, les femelles laisseraient aux mâles le soin d’explorer l’environnement et de chasser. D'accord !

Il n'en demeure pas moins que, bien que la corne soit un attribut mâle servant au combat, la licorne médiévale est associée à la virginité et la féminité, d’où les représentations de « dame à la licorne » et « jeune fille à la licorne ». Encore un paradoxe biologico-culturel !

L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......