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Peinture de Jacques-Laurent Agasse (1767-1849) représentant la girafe offerte par le pacha d’Égypte à la couronne britannique.

Le périple de la girafe

3 min
À retrouver dans l'émission

Quand le pacha d’Égypte offre un girafon au roi de France, l’histoire qui suit risque d’être cocasse. Et la traversée de la France, de Marseille à Paris, par l’animal encadré d’un convoi spécial, le fut bel et bien.

Peinture de Jacques-Laurent Agasse (1767-1849) représentant la girafe offerte par le pacha d’Égypte à la couronne britannique.
Peinture de Jacques-Laurent Agasse (1767-1849) représentant la girafe offerte par le pacha d’Égypte à la couronne britannique.

26 juin 1827. Dans une bourgade de la vallée de l’Essonne, on s’affaire, on s’échauffe. La rumeur enfle. Il arrive, l’animal extraordinaire ! 

Dans la grande rue une nuée de gamins excités devancent la bête fantastique. Même si une foule dense borde son chemin, même si elle est très escortée, on ne voit qu’elle : son cou démesuré dépasse tout le monde. On n’a jamais vu un animal pareil ! Des yeux avec des grands cils, deux cornes, la grâce elle-même juchée haute sur pattes. Elle porte une robe aux armes de la France et du pacha d’Égypte… et une sorte de chapeau. Sous les habits, on aperçoit un pelage tacheté de larges plages brunes. « Camelopardalis »… Le chameau-léopard. Les scientifiques l’ont bien nommée, la girafe ! 

L’escorte guidée par trois gendarmes est digne d’une équipée de cirque. Outre la girafe, elle encadre deux vaches soudanaises, deux antilopes et deux mouflons. Ancien de l’expédition de Bonaparte en Égypte, un éminent scientifique du Muséum national d’Histoire naturelle, membre de l’Académie des Sciences, Étienne Geoffroy Saint Hilaire, est responsable du parcours de 880 kilomètres entre Marseille et Paris. Dans la vallée de l’Essonne, on s’arrête à l’auberge Saint Éloi pour la nuit… La girafe doit boire du lait et se reposer. Cette auberge prendra désormais le nom de « hôtel de la girafe ». 

Mais au fait, pourquoi une girafe traverse-t-elle la France à pieds ? Notre célèbre girafe est un cadeau royal. En 1824, Méhémet-Ali, pacha d’Égypte, veut resserrer les liens avec la France. Il dispose de deux girafons orphelins. Tandis que les girafons grandissent, ils attirent en 1826 la convoitise du consul anglais qui exige que son pays ait, lui aussi, sa girafe. 

Les deux girafons sont tirés au sort : l’un ira à la France et l’autre à l’Angleterre. Le girafon anglais voyagera directement jusqu’à Londres, où il mourra le lendemain de sa présentation au roi. 

Le girafon offert à Charles X, lui, vivra encore dix-neuf ans. À son arrivée à Marseille fin octobre, on prend une sage décision : il passera l’hiver dans une douillette écurie chauffée. Étienne Geoffroy Saint-Hilaire rend visite à la girafe. Il l’observe et prépare son convoiement vers Paris. 

La girafomania 

Le périple démarre le 20 mai pour s’achever le 30 juin au Jardin des plantes. Suite à sa réception par le Roi, 600 000 personnes la verront entre juillet et septembre 1827 dans la rotonde de la Ménagerie, qu’elle partage avec Atir, son soigneur, qui logea sur un balcon à hauteur de tête de l’animal pendant douze ans.

Une véritable girafomania s’emparera provisoirement de la France : plaques de cheminées, vaisselle, mouchoirs, enseignes, coiffures de ces dames et cravates de ces messieurs sont à l’effigie de la girafe. Empaillée à sa mort en 1845, la girafe est transférée au musée d’histoire naturelle de La Rochelle en 1931. Le Muséum manquait déjà de place. Le nom de « zarafa » qui signifie « girafe » en arabe, lui sera donné bien plus tard, à la fin du XXe siècle. Geoffroy Saint-Hilaire, lui, l’appelait « bel animal du Roi ». 

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