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L'osmoderma eremita vit le plus souvent dans les aspérités de vieux arbres feuillus dans lesquels on trouve de petits champignons.

Le pique-prune, un semeur de discorde

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La force du pique-prune, un coléoptère parmi d’autres, c’est son inclusion dans un important écosystème. Ses récentes aventures et interactions avec le genre humain, elles, ont tout d’une fable moderne.

L'osmoderma eremita vit le plus souvent dans les aspérités de vieux arbres feuillus dans lesquels on trouve de petits champignons.
L'osmoderma eremita vit le plus souvent dans les aspérités de vieux arbres feuillus dans lesquels on trouve de petits champignons. Crédits : Jasius - Getty

Petite devinette : qui est-ce qui mesure trois centimètres, pèse une dizaine de grammes et qui peut arrêter un bulldozer de dix tonnes ? Réponse : un petit scarabée, cousin des cétoines et des hannetons, qui porte le joli nom de pique-prune. Le pique-prune est un insecte discret et rare.

Vous ne le rencontrerez pas sur le bord des chemins : il se tient tranquille dans les creux et fissures de vieux arbres feuillus, comme dans les chênes ou frênes têtards, ainsi que dans les hêtres, tilleuls ou châtaigniers. Il est casanier, ne sortant que très peu car il se nourrit de petits champignons qui poussent à l’intérieur des vieux troncs. Lorsqu’il s’aventure au dehors, c’est le soir, d’un vol mal assuré. Sa couleur brune-noire, ses élytres un peu ridés n’en font pas un canon de beauté entomologique.

Mais comment un être aussi banal a-t-il pu devenir une bête médiatique ? Car depuis 1999, il est en France le scarabée de la discorde. Dès que son nom est prononcé, les associations locales s’enflamment, les collectivités territoriales paniquent et les ministères préparent leurs circulaires. C’est que ce petit animal d’apparence insignifiante a derrière lui un passé glorieux. Par sa seule présence dans le département de la Sarthe, il bloqué le chantier de construction de l’autoroute A28 entre 1996 et 2004.

Il faut savoir qu’il jouit d’un statut quasiment nobiliaire : l’espèce est protégée par la convention de Berne de 1979 et par une directive européenne de 1992, qui lui donne le même statut que celui de l’ours ou du loup, excusez du peu ! Mais en 2002, un rapport rendu à l’État par Patrick Blandin, alors professeur au Muséum, concluait : « L'impact de l'A28 sur l'habitat du pique-prune est marginal. » L’autoroute passera quand même. Le rapport stipule néanmoins que les remembrements agricoles, en détruisant les haies et leurs vieux arbres têtards font plus de dégâts sur les populations de pique-prune que le passage de l’autoroute.

Squatteur de parc 

À peine le dossier de l’A28 refermé, le pique-prune enflamme une petite commune de Bourgogne. En 2007, le conseil général de l'Yonne souhaite faire abattre 680 tilleuls bicentenaires formant l'allée monumentale qui conduit au château de Tanlay. Les branches de ces tilleuls menacent de tomber. Mais voilà, on suspecte la présence du pique-prune dans le parc du château.

Une bataille de trois ans va s’en suivre. Elle va mobiliser entomologistes, maire, députés, écologistes, un conseiller général, une châtelaine, des responsables des Eaux et Forêts, un ministère… En attendant, le projet d’abattage reste suspendu.

Lorsqu’en juillet 2010, un fort coup de vent provoque la chute de branches, ordre est alors donné de procéder à un élagage sévère. Les écologistes sont satisfaits. D’où vient cette puissance du pique-prune ? Du fait qu’il voisine avec un cortège d’insectes, de chauve-souris, d’écureuils, de rapaces… qui font de lui la vigie d’un écosystème remarquable parce qu’ancien. Le respect dû au pique-prune va donc bien au-delà de ce discret coléoptère stoppeur de bulldozer.

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