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Un régalec échoué sur une plage

Le roi des harengs, le régalec

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec ses 5 à 7 mètres de longueur, le régalec - surnommé à tort "le roi des harengs" - est le plus long poisson des mers. On retrouve la trace de ce ruban argenté orné d'une grande nageoire rouge vif dans les textes de Virgile, ainsi que dans de nombreuses légendes.

Un régalec échoué sur une plage
Un régalec échoué sur une plage Crédits : Katia Cao, via Wikipédia

La trirème avance lourdement sur les flots de la mer Tyrrhénienne. Soudain un galérien hurle : "un serpent de mer, un serpent de mer  !" Virgile évoque l’animal en ces termes : "Deux serpents venus de Ténédos s’avancent sur la tranquille mer en déroulant leurs immenses anneaux et, de front, se dirigent vers le rivage. Leur poitrine se dresse au milieu des flots, leurs crêtes sanglantes dominent les ondes… "

Quelques 20 siècles plus tard, le zoologiste peut douter des anneaux, mais, paradoxalement, pas de la crête sanglante. Mystère ? Pas vraiment, car la bête n’est pas un serpent, mais un poisson. Il ne peut s’agit que d’un régalec ! Le régalec, le plus long des poissons. 

Son corps est un immense ruban argenté, long de 5 à 7 mètres, avec un record enregistré à 17 mètres pour une masse de 200 kilogrammes.  Le dos du régalec est orné d’une grande nageoire rouge vif, brillante. Les nageoires antérieures, extrêmement longues, forment un toupet ou pour ainsi dire une couronne écarlate, d’où son nom Regalecus, dérivant du latin regalis, qui signifie "Royal". 

D’où aussi son surnom de "Roi des harengs" bien qu’il n’en soit pas un… de hareng. Pendant longtemps, le régalec n’a été connu que par des individus échoués, bien trop petits pour évoquer un terrible serpent de mer. En effet, ces spécimens échoués ne sont jamais entiers ; il en manque un morceau. L’arrière est coupé net, comme un ruban sectionné. 

Le régalec pratique l'auto-amputation

L’explication tient en un mot : autotomie. Comme tous ses organes vitaux sont regroupés à l’avant, le régalec pratique l’auto-amputation. Se débarrasser d’un morceau de soi quand on fait plus de 7 mètres de long, c’est faire des économies d’énergie. Pourquoi nourrir une queue démesurément longue lorsque la nourriture se fait rare ? 

Un détail vous manque pour comprendre : le régalec n’a pas besoin de sa queue pour nager. Il se tient vertical dans la colonne d’eau, la tête en haut, et avance par ondulation de sa nageoire dorsale. Imaginez ce long ruban argenté ondulant, dressé verticalement dans les eaux bleues au large de Villefranche-sur-Mer. Contemplez-le sur les premières images filmées, véritablement époustouflantes, qui datent seulement de 2012. Il faut dire que le régalec est du genre furtif. Ils vivent en solitaires et sont rares. 

Un poisson de légendes

C’est dire que l’on connait peu de chose de leur écologie et que la place des légendes reste grande. Des légendes universelles car les deux espèces connues sont cosmopolites. Des légendes qui, de l’Islande au Japon, convergent toutes vers le mythe du serpent de mer. Des témoins évoquent des serpents dotés de crinière d’algues. Au Laos, le Nâga sacré, divinité protectrice de Mékong, est un serpent géant dont la tête est ornée d’une grande crête. 

À Taïwan, il est nommé « poisson séisme » car les pêcheurs ont fait une association entre son observation et les tremblements de terre dont l’épicentre est en mer. L’animal, sensible aux vibrations, remonterait-il à la surface à l’approche d’un séisme ? Cela ferait du régalec le plus joli des sismomètres, mais il reste à le prouver.

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