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Un agriculteur de Haute-Savoie récolte des topinambours. Le légume est revenu à la mode chez une génération qui n'a pas connu les privations de la guerre.

Le topinambour, un condensé de paradoxes

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Sous d’autres cieux, à une autre époque, il a symbolisé la paix. En France, synonyme de guerre et de privations pour toute une génération, le topinambour a de nouveau la cote.

Un agriculteur de Haute-Savoie récolte des topinambours. Le légume est revenu à la mode chez une génération qui n'a pas connu les privations de la guerre.
Un agriculteur de Haute-Savoie récolte des topinambours. Le légume est revenu à la mode chez une génération qui n'a pas connu les privations de la guerre. Crédits : BSIP - Getty

Les temps sont durs en ce novembre 1941 et la famille réunie se lamente, mais qu’y faire ? Les repas déjà bien frugaux sont de plus en plus mornes, alternant rutabagas et topinambours. Les Français qui ont traversé ces années sombres en sont lassés et leur lassitude s’est étendue aux décennies qui suivirent. Plus question de consommer des topinambours témoins de mauvais souvenirs. 

Le topinambour est Helianthus tuberosus. Sa mauvaise réputation, il la devait donc à la guerre et aux réquisitions allemandes qui frappaient de nombreux produits alimentaires comme les pommes de terre, la viande, le beurre ou le riz, mais pas les topinambours. 

Une réputation fort injuste car la partie que l’on consomme, sa racine, a un goût assez fin qui lui a valu le nom d’artichaut du Canada et, aussi, de poire de terre. 

Mais les générations passent et nous voici, quatre-vingt ans plus tard, à la recherche de goûts variés et nous redécouvrons la saveur oubliée du topinambour. 

Le topinambour a un goût agréable. Il est un aliment assez peu nourrissant bien qu’il soit bon pour la santé car il contient des fibres et de la vitamine B. Le bémol est qu’il est pauvre en amidon, mais riche en inuline, une molécule qui lui donne sa saveur un peu douce, proche de celle des cardons ou des artichauts, mais qui peut aussi être légèrement laxative. 

Au total, son apport en calories est à peine plus du tiers de celui de la pomme de terre et même moins que celui de l’artichaut. On comprend pourquoi les Français avaient faim sous l’occupation et pourquoi les Allemands réquisitionnaient les pommes de terre. 

Remontons encore le temps. Notre topinambour a débarqué en Europe au début du XVIIe siècle. En provenance d’Amérique du Nord, cette astéracée aux jolies fleurs jaunes est une cousine du tournesol. Cette plante était cultivée et consommée depuis longtemps par les Amérindiens qui en faisaient un symbole de paix. 

Une appellation en malheureux quiproquo 

Dans l’Europe du XVIIe, le topinambour rencontre rapidement le succès. Un succès éphémère car il sera supplanté un siècle plus tard par la pomme de terre plus nourrissante et il sera dégradé au rang de plante fourragère, juste bonne à nourrir du bétail. 

Le nom de topinambour a une consonance qui attire l’oreille mais son origine est fondée sur un malentendu. Au moment où Samuel de Champlain rapportait des tubercules canadiens, seize malheureux individus de la tribu indienne des Tupinambas étaient amenés de force du Brésil pour être exhibés en France. La coïncidence des dates créa la confusion et le nom brésilien légèrement déformé fut attribué au tubercule. Linné lui-même contribua à entretenir la confusion en faisant du topinambour une plante brésilienne. 

Le topinambour est ainsi porteur de paradoxes. Sa saveur agréable associée à de tristes moments de notre histoire. Un symbole de paix au Canada devenu celui de la guerre en France. Un nom amusant hérité d’une souffrance pour des Indiens brésiliens. 

J’espère, en prime, que mes grands-parents ne m’auraient pas maudit d’avoir fait du topinambour la vedette de cette chronique.

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