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Sur quelques 1150 espèces de chauve-souris, seulement trois sont hématophages...

Le vampire, des Balkans à l’Amérique du Sud

3 min
À retrouver dans l'émission

Une chronique pour mieux comprendre les relations réelles entre vampires et chauves-souris.

Sur quelques 1150 espèces de chauve-souris, seulement trois sont hématophages...
Sur quelques 1150 espèces de chauve-souris, seulement trois sont hématophages... Crédits : Mint Images - Getty

Le Comte Dracula se glisse hors de son tombeau. Vlad part à la recherche d’une gorge innocente. Il y plantera ses canines, se repaissant du sang de sa victime qui sera à son tour transformée en une créature de la nuit, un vampire. 

Pour son roman Dracula, paru en 1897, Bram Stoker tire son inspiration d’un entrelacs de mythes aussi anciens que divers qui mettent en scène des morts-vivants nocturnes suçant le sang de leurs victimes. La légende s’était enracinée en Europe vers 1725 suite à deux affaires serbes qui auraient impliqué des individus revenus d’entre les morts assoiffés de sang. Des affaires sérieuses qui avaient poussé un pasteur à publier en 1728 un ouvrage où il utilise le terme Vampyri. Le terme provient du serbe vampir qui désigne dans la plupart des langues slaves la chauve-souris. Nous y voilà. 

Étrange, vraiment étrange, car nulle chauve-souris suceuse de sang n’existe dans les Balkans, ni ailleurs en Europe. En revanche, « vampire » est le nom attribué à certaines chauve-souris d’Amérique du Sud, mais attention, seulement depuis 1770, sous la plume de Philippe Serane dans un ouvrage de géographie. À une date bien postérieure aux affaires serbes… 

On est en droit de supposer que, dans un premier temps, le nom slave de « chauve-souris », vampire, a été donné aux morts-vivants suceurs de sang, parce que les deux sont nocturnes. Puis, en 1770, des chauves-souris sud-américaines suceuses de sang reçurent le nom de vampires en référence au mythe. Une sorte d’aller-retour entre histoire naturelle et légendes. 

Méfiez-vous de celles qui marchent... 

Il convient aussi de relativiser cette réputation populaire de suceurs de sang ! En effet, parmi 1150 espèces de chauve-souris, seulement trois sont hématophages… Le vampire commun, le vampire à ailes blanches et le vampire à pattes velues. Tous les trois habitent l’Amérique tropicale. Le premier se nourrit du sang des mammifères, les deux autres du sang des oiseaux. 

Ces petits animaux ont une denture à peu de dents, mais spécialisée. Les molaires sont moins développées que chez les chauves-souris frugivores, et les incisives de grande taille sont très tranchantes. Leur museau est muni de capteurs de chaleur. Elles approchent leur proie endormie en marchant à pas de loup, même si elles sont capables de voler. Ce sont d’ailleurs les chauve-souris qui ont le plus développé la marche. 

Après l’incision, l’animal ne suce pas le sang, mais le lape. Les quantités sont importantes. Ces chauves-souris peuvent ingérer plus de 50% de leur poids en trente minutes. On comprend mieux l’importance de la marche quand la surcharge empêche de décoller… Leur salive contient une protéine anticoagulante, la draculine. Son pouvoir anticoagulant est cent fois supérieur à l’anticoagulant le plus puissant connu. Il arrive donc que la proie saigne encore longtemps après que le petit vampire ait terminé son repas. Mais elle n’en mourra pas. La réalité est ici moins spectaculaire que la fiction. Quoi qu’il paraîtrait que par des nuits sans lune… mais je ne voudrais pas vous inquiéter.

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