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Le jeune éléphant sculpté par Emmanuel Frémiet, devant le Musée d'Orsay à Paris

L’éléphante, en réalité augmentée

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Au XIXe siècle, considérant que cela serait plus à même d’impressionner le public, les taxidermistes du Muséum d'histoire naturelle décident de modifier un peu une éléphante pour la présenter en mâle.

Le jeune éléphant sculpté par Emmanuel Frémiet, devant le Musée d'Orsay à Paris
Le jeune éléphant sculpté par Emmanuel Frémiet, devant le Musée d'Orsay à Paris Crédits : Laurène Bourdais / Photononstop / Photononstop via AFP - AFP

Sur le parvis du Musée d’Orsay l’éléphant sculpté par Frémiet, trompe dressée, se trouve pris au piège. En écho, parmi les statues de la splendide nef du Musée trône un autre éléphant. Un éléphant en majesté et pas n’importe quel éléphant. 

Il s’agit de Parkie, l’éléphante arrivée à la Ménagerie du Jardin des Plantes en 1798. Morte en 1816, Parkie a été naturalisée au Muséum, exposée un temps devant le public avant de rejoindre les réserves d’où elle vient de ressortir pour devenir l’icône de la nouvelle exposition du Musée d’Orsay : « Les origines du monde. L’invention de la nature au XIXe siècle ». 

Parkie est une femelle d’Elephas maximus, autrement dit un éléphant d’Asie. Le cartel qui accompagne la bête dans l’exposition le précise clairement. Mais les visiteurs ne manqueront pas d’être perplexes car cette éléphante arbore un attribut plutôt masculin. 

Y aurait-il erreur ? Ce ne serait donc point Parkie dont on sait avec certitude qu’elle était une éléphante ? Pas si simple. Un peu de biologie pour commencer l’enquête. 

Chez les éléphants d’Asie, femelles et mâles diffèrent sur plusieurs points, ce que l’on nomme dimorphisme sexuel. Les femelles sont un peu plus petites que les mâles (2,5 contre 3 mètres au garrot). Leurs défenses sont courtes, voire totalement absentes. Elles ont même une densité un peu différente de celles des mâles. Il faut dire qu’elles ne les utilisent pas pour combattre. 

Si l’on considère certains détails anatomiques, l’os frontal est un peu plus large et la crête pariéto-occipitale, en haut du front, plus marquée chez les femelles. Autre caractère inattendu. Les mâles possèdent des glandes sur le côté de la tête, les glandes temporales qui sécrètent une phéromone, la frontaline. En période de reproduction, ils en sécrètent beaucoup ce qui finit par altérer irrémédiablement la texture de leur peau à cet endroit. Point de cela sur notre spécimen. 

Une affaire de défenses

Notre Parkie, est bien une femelle. Mais une femelle qui aurait pu être modifiée par les taxidermistes du XIXe siècle. À cette époque, les mâles tenaient le haut du pavé et il convenait d’impressionner les visiteurs du Muséum quitte à tricher un peu. 

Les défenses de Parkie sont trop longues pour celles d’une femelle, mais leurs racines étant profondes, il est possible de les faire coulisser hors de leur fourreau pour rendre l’animal plus imposant. Quant à l’organe génital. Les lèvres de la vulve ont tendance à tomber et à devenir fibreuses avec l’âge. Le volume de ce qui émerge sous le ventre de l’animal est donc compatible avec une femelle. De quoi permettre à nos taxidermistes inspirés de remodeler tout cela en un cylindre d’apparence plus masculine. 

« L’invention de la nature », sous-titre de l’exposition, est vraiment pertinent. Certains taxidermistes du XIXe siècle jouaient ainsi avec la réalité, un peu comme d’autres, lors de la dernière présidentielle américaine. Pas si étonnant si l’on se souvient que l’emblème du parti républicain est un éléphant et même un éléphant d’Asie si l’on en croit un dessin de 1874.

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