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Sa peau humide et tubéreuse sécrète plus d’une centaine de composés bioactifs, notamment des cardiotoxiques ou des hallucinogènes.

Manger des yeux

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C’est un animal étonnant qui sécrète des substances toxiques et dévore ses proies à la force des globes oculaires. Synonyme de laideur sous certaines latitudes, il symbolise l’eau sous d’autres. Mesdames et Messieurs, le crapaud !

Sa peau humide et tubéreuse sécrète plus d’une centaine de composés bioactifs, notamment des cardiotoxiques ou des hallucinogènes.
Sa peau humide et tubéreuse sécrète plus d’une centaine de composés bioactifs, notamment des cardiotoxiques ou des hallucinogènes. Crédits : Paul Starosta - Getty

Non, non et non ! Le crapaud n’est pas le mâle de la grenouille ! C’est une espèce, ou plutôt un groupe de plus de 500 espèces, à part entière. 

Chez nous, le crapaud commun, Bufo bufo, est réputé laid. Il faut bien admettre qu’il n’est pas très beau. Selon la symbolique chrétienne, il est associé au vice et à la luxure. Si l’on veut contraster la beauté d’une âme avec la disgrâce de son enveloppe, on cache dans le crapaud un prince charmant. Si, à l’inverse, on souhaite dénigrer des personnes, on les métamorphose en crapaud. 

Sa bave, ou lui-même, entrait dans la composition des philtres magiques, bénéfiques ou maléfiques. Cette assimilation culmine aux XVIe et XVIIe siècles, où lors des agapes sabbatiques, les sorcières consommaient des crapauds après les avoir écorchés. Elles faisaient bien, car la peau humide et tubéreuse des crapauds sécrète plus d’une centaine de composés bioactifs, notamment des cardiotoxiques comme les bufotoxines, ou des hallucinogènes. 

Ces molécules, que nos sorcières évitaient de consommer, ne sont dangereuses que pour les téméraires qui tentent de manger un crapaud. Sans le savoir, elles nous administrent au passage une petite leçon d’évolution. Ce qui est néfaste pour un individu peut être bon pour la population. 

Si un carnivore affamé dévore un crapaud, celui-ci en mourra. Mais l’attaquant intoxiqué en sera tellement malade qu’il s’en souviendra et n’attaquera pas un second crapaud. La population de crapauds s’en trouve protégée. C’est ainsi que de nombreuses espèces en sont venues à sécréter des substances désagréables, voire franchement toxiques. 

La discorde du Bufo 

Au Moyen Âge, le crapaud, animal nocturne, incarne le diable. En 1233, le pape Grégoire IX le précise dans une bulle émise contre les sorcières. En revanche, sur d’autres continents, les crapauds sont rationnellement associés à l’eau. Au Moyen-Orient, en Amérique du Sud, en Chine, au Vietnam, il est le symbole de l’eau et commande la pluie. Si le crapaud a bien besoin d’eau pour se reproduire, comme la grande majorité des amphibiens, il peut s’en éloigner en se déplaçant lourdement. 

Il se nourrit d’insectes, de limaces, vers de terre, cloportes… Dépourvu de dents, il écrase ses proies avec ses yeux ! Mais comment fait-il ? Ses yeux se referment et les globes oculaires, normalement proéminents au-dessus de la tête, sont abaissés par contraction musculaire. Ils deviennent proéminents dans la cavité buccale où ils contribuent à écraser la proie et à la pousser dans l’œsophage. 

Pour finir en beauté, le crapaud incarne une bataille de naturalistes du XVIIIe siècle. Buffon, intendant des jardins du Roi à Paris, n’aimait pas le Suédois Linné et il attaque frontalement la nomenclature linnéenne dans son Histoire naturelle. Il se dit que Linné aurait nommé le crapaud Bufo bufo, en hommage perfide à Buffon. 

L’histoire est séduisante, mais il s’agit d’une légende. Bufo désignait déjà le crapaud en latin, bien avant que Linné ne se mette à nommer les espèces ! La bave maléfique du crapaud n’a donc pas atteint Buffon. 

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