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Avec sa longue queue et ses tâches, la genette a une vraie grâce.

Ne me prenez pas pour un chat

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Et si au chat, on avait préféré un autre petit mammifère carnivore ? Entre la fin du Moyen Âge et la Renaissance, il s’en est fallu de peu pour que la genette prenne définitivement le pas sur nos matous dans nos foyers.

Avec sa longue queue et ses tâches, la genette a une vraie grâce.
Avec sa longue queue et ses tâches, la genette a une vraie grâce. Crédits : Ben Cranke - Getty

Un petit animal allongé et tacheté présente une longue queue épaisse et annelée… Drôle de chat ! On dirait un chat croisé d’un teckel… Où auriez-vous vu cela ? Eh bien, sur une tapisserie fort célèbre de la fin du XVe siècle, celle de La Dame à la licorne. Ce n’est pas un chat, mais une genette. L’une d’entre elles a même un collier ; elle est apprivoisée. 

La genette commune, Genetta genetta, est un mammifère carnivore de la famille des viverridés, petite famille où l'on trouve aussi les civettes et les binturongs que vous pouvez voir à la Ménagerie du Jardin des Plantes. Notre genette est longue de 50 à 60 centimètres auxquels s'en ajoutent 40 pour la queue. Sa jolie robe est gris-fauve, tachetée de brun foncé. Son petit museau est cerclé de noir. Elle dresse ses oreilles pointues. D'origine africaine, sa répartition en Europe couvre la péninsule ibérique et la France, principalement dans le Sud-Ouest où elle est fréquente.

Nocturne, difficilement observable, territoriale, elle est prédatrice de petits rongeurs, d’insectivores, d’amphibiens et d’oiseaux, mais elle ne rechigne pas à manger aussi fruits, baies, et gros insectes. Son territoire est marqué par de petits crottiers et de fortes marques odorantes. Hérodote la mentionne. Les Romains et les Maures domestiquent les genettes pour lutter contre les rongeurs ravageurs de récoltes. Lorsque les musulmans amorcent la conquête de l'Espagne par la prise de Séville en 711, ils importent la genette dans leurs bagages. D'ailleurs, une légende raconte qu’après la défaite des Sarrazins près de Poitiers en 732, Charles Martel trouva parmi le butin de guerre nombre de fourrures d’un petit carnivore africain, notre genette.

Cette origine est doublement validée :

- primo par l'archéologie qui atteste que le plus ancien reste de genette en Europe remonte au début du XIIIe siècle au Portugal…

- secundo par les analyses des génomes qui montrent que les genettes européennes trouvent leurs racines chez celles des pays du Maghreb, et même plus précisément du nord de l’actuelle Algérie.

Quand le chat était un animal démoniaque 

À partir du XVe siècle, la genette est bien présente en France, notamment dans les marges des manuscrits, sur des tapisseries, sur des vitraux et des estampes. La genette est protectrice. Elle est figurée menaçant un serpent, qui représente le péché. Elle est introduite dans l’héraldique chez des nobles prénommés Jeanne ou Jean, telle Jeanne de Bourbon, fille du roi Charles VII. La genette se trouve ainsi anoblie, en pleine période de dénigrement du chat. Pourtant, la genette et le chat ont en commun d'être des auxiliaires de lutte contre les rongeurs.

Mais, aux XVe et XVIe siècles, période du succès des genettes, l’Église catholique voit dans le chat une créature démoniaque dont il convient de se méfier, et recommande de jeter des chats dans les bûchers de la Saint-Jean. À la fin du Moyen Âge, l’animal domestique préféré est donc la genette, pas le chat.

À la Renaissance, l’aristocratie adopte la mode italienne. Les italiens ont un train d’avance : leur animal domestique est à nouveau le chat qui remplacera alors progressivement la genette, abandonnée, sans doute en raison de sa trop forte odeur de musc. Dommage, elle était bien sympathique.

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