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La pieuvre peut s’apprivoiser et manifester de remarquables capacités d’apprentissage et de mémoire.

Pas mafieuse pour un sou, la pieuvre

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Elle se déplace à reculons, compte huit tentacules munis de ventouses, ses yeux sphériques ressemblent aux nôtres : il s'agit de la pieuvre. Si elle symbolise la mafia ou toute autre emprise néfaste, "Octopus vulgaris" est en premier lieu un animal craintif, doté d'une intelligence surprenante.

La pieuvre peut s’apprivoiser et manifester de remarquables capacités d’apprentissage et de mémoire.
La pieuvre peut s’apprivoiser et manifester de remarquables capacités d’apprentissage et de mémoire. Crédits : Reinhard Dirscherl - Getty

Printemps 1992. Un cratère de plusieurs mètres de profondeur barre l’autoroute qui conduit à Palerme. L’explosion a été terrible. Le juge Giovanni Falcone, son épouse et plusieurs gardes du corps viennent d’être assassinés par la pieuvre. La pieuvre gluante, visqueuse et tentaculaire qui s’immisce partout, s’empare de tout. La pieuvre de 1992 a la figure du mafieux Toto Riina, parrain sicilien acoquiné au pouvoir politique. 

Cette image de la pieuvre revoie à une notion d’emprise excessive. Tout ce qui a une influence perçue comme néfaste est dessiné sous les traits d’une pieuvre : le communisme, le capitalisme, le colonialisme, le cléricalisme, les loges maçonniques, ou encore certaines grandes entreprises d’aujourd’hui. 

Pourtant, dans l’antiquité grecque ou romaine, la pieuvre bénéficiait d’une image positive. Une mosaïque de Pompéi en représente une enserrant une langouste avec un réalisme surprenant. Mais au 18e siècle, la légende scandinave du Kraken, celle d’une pieuvre géante attaquant les navires, se répand et la pieuvre devient un animal à fuir.  

Un animal craintif et intelligent

En réalité, la pieuvre commune, ou poulpe commun Octopus vulgaris, est un animal craintif qui vit caché et se déplace à reculons, la timide. Chez la plupart des animaux, le déplacement se fait la tête la première. Chez la pieuvre et tous ses cousins céphalopodes, l’animal enferme de l’eau dans son manteau, puis l’expulse puissamment vers l’avant par un siphon. C’est le principe d’un avion à réaction, mais sous l’eau et en marche arrière. 

La pieuvre a huit bras, ou tentacules, munis de ventouses, qui lui permettent de se saisir de proies avec vivacité, que ce soit des crabes, crevettes ou gastéropodes. Chose peu connue, la pieuvre inocule à sa proie une neurotoxine sécrétée par ses glandes salivaires, ce qui paralyse la victime. Elle pourra ensuite tranquillement la déchiqueter à l’aide d’un bec dur, parfois qualifié de "bec de perroquet" en raison de sa forme. 

Un autre trait remarquable de la pieuvre, ce sont ses yeux. Ils ressemblent beaucoup aux nôtres, avec une chambre sphérique remplie d’un liquide et tapissée de cellules photosensibles. Ils sont plus efficaces que les nôtres. En effet, chez l’Homme le câblage nerveux s’interpose entre la lumière et la rétine, ce qui fait que notre rétine a un point aveugle. Chez la pieuvre, le câblage nerveux placé en arrière de la rétine ne gêne pas la réception de la lumière. Il n’y a pas de fils qui traînent partout ! 

La pieuvre fait partie des animaux réputés pour leur intelligence. Elle peut s’apprivoiser, et manifester de remarquables capacités d’apprentissage et de mémoire. Elle sait dévisser le couvercle d’un bocal pour se saisir de son contenu ; elle se repère dans un labyrinthe. Elle est donc très douée pour piller les casiers à homards. On a même pu démontrer qu’elle peut innover, tromper, ressentir de la douleur. 

C’est pourquoi j’avoue une forte réticence à consommer des pieuvres, ce non-vertébré si intelligent et si attachant et pas qu’avec ses tentacules. 

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