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Le « Gallus gallus » a d’abord été domestiqué en Asie avant d’être introduit en Europe vers le VIIe siècle avant J.-C.

Pas très gaulois, le coq

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L’association entre le gallinacé et la Gaule vient d’une simple homonymie latine. Mais la confusion initiale n’a pas empêché des rois de France puis les révolutionnaires à s’approprier ce symbole de virilité venu d’Asie.

Le « Gallus gallus » a d’abord été domestiqué en Asie avant d’être introduit en Europe vers le VIIe siècle avant J.-C.
Le « Gallus gallus » a d’abord été domestiqué en Asie avant d’être introduit en Europe vers le VIIe siècle avant J.-C. Crédits : Arto Hakola - Getty

Stade de France, 12 juillet 1998. L'équipe de France brandit la coupe du monde de football. Sur les maillots des joueurs, à hauteur du cœur, un emblème jaune-doré se détache sur le fond bleu : un superbe coq. Ce coq gaulois dont nous sommes si fiers, oubliant un peu qu'il est aussi l'emblème de la Wallonie.

Ce coq familier parfois lâché sur le terrain du Tournoi des six nations, ce coq rescapé de l'incendie qui retrouvera un jour sa place au sommet de la flèche de Notre-Dame, ce coq qui a si souvent orné nos timbres. Mais ce coq n’est-il pas un imposteur ?

Car le scientifique s'interroge. Quelle drôle d'idée le coq ! Un animal originaire des forêts d’Asie du sud-est. En effet, le coq domestique est issu du coq doré, un coq sauvage, dénommé Gallus gallus et qui a été domestiqué en Asie vers 6000 ans avant J.-C. pour sa chair et ses œufs. Il aurait été introduit en Europe - d’abord en Grèce et en Italie - via l’Asie mineure vers le VIIe siècle avant J.-C. Le coq n’a donc pas une seule plume d'origine gauloise !

Pire ! L’archéologie nous révèle que les gaulois n’avaient pas de lien particulier avec le coq. Il n’y a jamais eu de coq gaulois ; d’autant moins que les gaulois consommaient beaucoup plus de chèvres, vaches ou porcs – sans oublier les sangliers bien entendu – que de volailles. Il n’y a pas non plus de trace de rite religieux associée à cet animal. Si les gaulois ont eu des coqs, ceux-ci étaient d’abord des oiseaux d’ornement.

Malentendu latin 

Mais alors, d’où vient le mythe du « coq gaulois » ? D’un malentendu, d’un simple accident des mots. En effet en latin l’homonymie entre Gallus, le Gaulois, et gallus, le coq, est parfaite. Par la persistance du latin durant plusieurs siècles, le lien entre ces deux termes s’est maintenu.

L’assimilation du peuple de la Gaule à l’oiseau est une histoire médiévale qui nous est venue des autres peuples européens qui, pour ridiculiser les français sans doute déjà enclins à se hausser sur leurs ergots, prolongèrent l’homonymie en leur attribuant le coq comme symbole. Se retrouver au XIIe siècle doté d’une volaille de basse-cour à titre d’emblème est plutôt désagréable. On est loin des aigles russes ou autrichiens, du lion des Flandres ou du dragon gallois.

Mais voilà… le coq est aussi, à son échelle, un animal fier, viril, courageux. Ses ergots et sa combativité en avait fait un symbole de bravoure militaire dans l’Antiquité grecque et romaine. À partir du XVe siècle, la redécouverte de cette figure antique d’un fier combattant a poussé les Français eux-mêmes, à commencer par Charles VIII et François Ier, à récupérer ce symbole de vaillance.

Toutefois, l’oiseau deviendra plutôt le symbole du peuple tandis que le roi choisira le lys. La Révolution récupèrera la symbolique populaire du coq. Après une éclipse sous les deux empires et la Restauration le coq reviendra en force avec la IIIe République qui en profitera pour réhabiliter les Gaulois en tant que courageux ancêtres des Français. À travers cette image, elle exalte une France fière, toujours prête au combat, tout comme notre équipe de 1998.

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