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La culture du pommier domestique est arrivée dans l'empire romain par la route de la soie.

Pommes à tout faire

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Consommé depuis le Néolithique, le fruit du pommier est un symbole ambivalent. À travers les âges, il a renvoyé tant à l’amour qu’à la discorde.

La culture du pommier domestique est arrivée dans l'empire romain par la route de la soie.
La culture du pommier domestique est arrivée dans l'empire romain par la route de la soie. Crédits : Mint Images - Getty

Hier soir, j’ai mis en route mon ordinateur pour mettre la touche finale à cette chronique, il s’est éclairé, illuminant une pomme sur sa face arrière. Je pense que vous aurez deviné à quelle célèbre marque de micro-informatique je confie mes textes. Cette pomme apparaît croquée.

Serait-ce la pomme de la connaissance, fruit défendu dans lequel Ève, répondant à l’invite du serpent, croqua ? Ou bien s’agit-il de la pomme de Newton, que le célèbre physicien aurait, selon la légende, pris sur la tête ? Cette pomme serait-elle une allusion à la pomme empoisonnée qu’Alan Turing aurait consommé en juin 1954 pour se suicider ? L’hypothèse bien que controversée n’est pas absurde, Alan Turing étant considéré comme le père de l’informatique. Serait-elle plus poétiquement la pomme de Blanche-Neige ?

Plus prosaïquement, le logo pourrait être une allusion au fait que les fondateurs de la société, lorsqu’ils étaient jeunes, étaient régulièrement sans le sou et consommaient des pommes, fruit à la fois nourrissant et bon marché. Entre ces hypothèses règne donc la « pomme de discorde ». Expression bien connue dont le sens est tombé dans l’oubli. Car, en quoi ce fruit a-t-il à voir avec la discorde ?

La mythologie grecque nous renvoie au jugement de Pâris. Lors des noces de Thétis et de Pélée, dieux et déesses sont invités, sauf Éris, déesse de la discorde. Pour se venger, elle lance une pomme d’or destinée à la plus belle. Trois d’entre elles, se prétendant chacune la plus belle, s’arrachent cette « pomme de discorde ». C’est à Pâris que revient la charge de trancher, et il choisit Aphrodite, déesse de l’amour. La pomme relie ainsi l’amour à la discorde. Tout un programme ! Je souligne au passage que le nom scientifique du pommier est Malus, autrement dit le « mal ». Cela évoque l’opprobre jeté par les chrétiens sur l’acte sexuel dont la pomme est la promesse tout en signifiant… que c’est mal. Mais là, je commence à tomber dans le complotisme.

Un cousin du rosier

Plus sérieusement, le pommier de nos jardins, Malus domestica, est une plante à fleurs de la famille des rosacées originaire d’Asie centrale. Consommé depuis le Néolithique et arrivé dans l’empire romain par la route de la soie, Malus domestica est aujourd’hui cultivé partout dans le monde. Le pommier est donc un cousin des rosiers. Comme quoi, on en revient encore à l’amour.

Dans la poésie érotique, on déclare sa flamme en offrant une pomme comme on offrirait une rose. Au Portugal, le fruit est considéré comme aphrodisiaque. Au Québec, « chanter la pomme » signifie conter fleurette. Des forêts de la forme sauvage originelle de cet arbre, Malus sieversii, existent encore au Kazakhstan et le gouvernement local envisage de protéger ce patrimoine génétique unique.

Le mot vernaculaire « Pomme » provient du gallo-romain « poma » qui désigne le fruit d’un arbre. On retrouve la trace de ce sens général dans « pomme de pin », « pomme de terre » et même les pommes du jardin des Hespérides qui étaient des oranges. Mais voyons… ce ne sont pas tous des fruits botaniquement parlant. Évitons de lancer là une nouvelle pomme de discorde.

Rediffusion du 8 septembre 2020

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