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Il n'est pas grand, mais il a du coffre.

Un boucan du diable

3 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi un petit marsupial d’une île lointaine s’est-il retrouvé associé au Malin par les Européens ?

Il n'est pas grand, mais il a du coffre.
Il n'est pas grand, mais il a du coffre. Crédits : Sean Davey - Getty

Associer un animal au diable, quoi de plus naturel au Moyen Âge, que l’on pense au bouc, serpent, chauve-souris, crapaud, aux chouettes, comme au chat. Ce qui est rarissime, c’est lorsque l’allusion diabolique, est non seulement bien plus tardive, mais explicite. 

Même si vous ne connaissez pas la Tasmanie, vous avez sans doute entendu parler du « diable de Tasmanie ». Lorsque l’on aborde la Tasmanie, on réalise à quel point l’animal est un fétiche local. Il est partout : sur les porte-clés, les tasses, les autocollants, les T-shirts, le nom d’équipes sportives, la monnaie… Pour bien comprendre, il faut passer en revue quelques facteurs déterminants. 

Tout d’abord, la Tasmanie est une île. Chez tous les humains, habiter une île renforce l’identité face aux « non-insulaires ». En plus une île du bout du monde ! Une île modeste, d’environ 300 sur 400 kilomètres, située à la pointe sud de l’Australie. Ensuite, le diable de Tasmanie est endémique. Non seulement il est 100% local, mais il est en danger. 

Depuis 1996, la moitié des diables a été décimée par une tumeur faciale due à un virus, et qui évolue en cancer. Les diables se la transmettent lors de leurs contacts, et les tasmaniens sont extrêmement mobilisés pour préserver des populations saines. 

Troisième et dernier facteur, les Tasmaniens ont conscience de la fragilité de leur faune et leur sentiment écologique est exacerbé. Une attitude qui ne vient pas de nulle part. Les Européens qui se sont installés en Tasmanie à partir de 1803 ont été des éleveurs de moutons et des bûcherons. Ils ont exercé de fortes pressions sur les environnements forestiers et la Tasmanie a été le théâtre d’extinctions retentissantes, comme celle du thylacine, le « tigre de Tasmanie ». 

Mais qui est vraiment ce fétiche diabolique et, au fait, pourquoi le « diable » ? Sarcophilus harrisii est un marsupial, comme le kangourou, mais un marsupial à quatre pattes de la taille d’un petit chien. Sarcophilus signifie « qui aime la viande ». La bête est carnivore, ou plutôt nécrophage ; elle cherche les cadavres durant la nuit. Sur les routes tasmanes, on peut en découvrir dans le faisceau des phares, à la recherche d’une bête écrasée. 

Une affaire de rugissements

Ce petit animal est noir, avec une bande blanche sur la poitrine. Mais ce n’est pas sa couleur qui lui vaut ce nom diabolique. Certes la bête est petite, pas du tout imposante, mais elle émet des rugissements hors de proportion, qui retentissent dans la nuit. 

En un mot comme en cent, le diable de Tasmanie « fait un boucan du diable ». Ces rugissements disproportionnés ont pour but d’intimider les rivaux et de les évincer du territoire. Ils ont probablement effrayé les premiers européens qui les entendirent sans les voir, cachés dans l’obscurité. Ils y virent, comme aux temps obscurs du Moyen Âge, un signe diabolique. 

Aujourd’hui, le diable est un énervé qui fait un foin de tous les diables. Je fais ici allusion à Taz, personnage des dessins animés Looney Tunes qui est vraiment mal élevé. En réalité les vrais diables sont beaucoup plus gentils. 

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