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Âne au travail, à Abyaneh, dans le centre de l'Iran.

Un cerveau entre les oreilles

3 min
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On prête à l’âne la réputation d’être bête et têtu. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Rendons justice à cet animal que nous côtoyons depuis des siècles.

Âne au travail, à Abyaneh, dans le centre de l'Iran.
Âne au travail, à Abyaneh, dans le centre de l'Iran. Crédits : Liam Shalders - Getty

« Trois fois sept, heu… dix-neuf », répond Jules ! « Espèce d’ignorant, clame l’instituteur, tu auras le bonnet d’âne ». Une allusion à d’anciens temps scolaires. 

Dans cette classe, le bonnet d’âne visait à humilier Jules, le cancre. Une punition inefficace, qui n’aidait en rien l’apprentissage du calcul mental. Quoi que ! Une interprétation suggère que les clercs du Moyen Âge souhaitaient que ce bonnet transfère à l’élève l’intelligence de l’âne. 

Car l’âne a été réputé intelligent à certaines époques. La plupart des dictons populaires laissent pourtant penser le contraire. Ils en font un animal têtu (« têtu comme une mule »), borné (« on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif »), stupide (« bête comme un âne bâté »), voire même lubrique du fait des érections spectaculaires du mâle. 

Qu’il s’agisse des fables d’Ésope comme de La Fontaine, d’Alphonse Daudet ou même des aventures de Pinocchio, l’âne est le plus souvent un lourdaud. S’il ne fait pas le pitre comme l’âne de Shrek, il est déprécié. Injuste, car notre âne fut un supplétif de la science, protagoniste d’une querelle entre deux géants de l’histoire naturelle du XVIIIe siècle, Linné et Buffon. 

Buffon, intendant des jardins du roi, avait une vision fonctionnaliste du vivant. Dit simplement, il recommandait de classer les espèces sur la base de ce qu’elles font, de leurs interactions concrètes. Pour lui, il convenait de ranger l’âne aux côtés du chien car ils se côtoient tous les jours. À l’inverse, Linné, le classificateur suédois, recommandait de ranger les espèces sur la base de similitudes morphologiques. Son système révélait le plan divin de la création. Linné classait ainsi l’âne avec le zèbre qui habite pourtant un autre continent. 

Plus zèbre que cheval 

Qu’en est-il ? L’âne domestique, Equus asinus, est un mammifère de la famille des équidés. Mais, confirmation de la science moderne, les différentes espèces d’ânes sont plus apparentées aux zèbres qu’aux chevaux ! Pas si surprenant, si l’on pense simplement à son museau bicolore, proche de celui du zèbre. 

Notre âne est issu de la domestication de l’âne sauvage d’Afrique Equus africanus. Sa présence en Égypte est attestée dès le cinquième millénaire avant notre ère. Il s’agit du second animal domestiqué pour le transport après le bœuf. Mais en cette matière, il a ses limites : il boit quarante litres d’eau par jour et ne peut charger que des masses modérées. 

Qu’à cela ne tienne, il aide les humains. D’ailleurs, pour les chrétiens l’âne est présent parmi les animaux de la crèche où il symbolise fidélité et obéissance. Il existe aujourd’hui un nouvel engouement pour l’âne, apprécié comme animal de compagnie. Il revient pour le plaisir et son intelligence est reconnue. Pour finir, permettons-nous un anachronisme impertinent, en concluant que Buffon comme Linné auraient mérité un bonnet d’âne ! 

Car on ne classe pas selon des modes de vie, mais sur la base de caractères partagés qui, toutefois, ne sont pas les fruits d’une création, mais l’héritage d’ancêtres communs. Est-ce bien l’âne qui mérite un bonnet ?

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