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Originaire d’Asie tropicale, la blatte est sensible au froid ; c’est pourquoi elle cherche à entrer dans les maisons et nous côtoie.

Le cafard, un colocataire bien gênant

3 min
À retrouver dans l'émission

Si votre ordinateur vous lâche pendant la lecture de cette chronique, vérifiez : un cafard peut y avoir élu domicile. C’est en effet de là que vient l’expression de « bug » informatique. Si les humains apprécient peu les différentes formes de blattes, elles n’en ont pas moins enrichi notre lexique.

Originaire d’Asie tropicale, la blatte est sensible au froid ; c’est pourquoi elle cherche à entrer dans les maisons et nous côtoie.
Originaire d’Asie tropicale, la blatte est sensible au froid ; c’est pourquoi elle cherche à entrer dans les maisons et nous côtoie. Crédits : Long Zhiyong - Getty

Cliché domestique : ma femme ouvre un placard de cuisine et hurle. J’accours. Que se passe-t-il ? S’est-elle brûlée ? S’est-elle coupée ? Non… elle a aperçu un inoffensif habitant de nos logements : Blattella germanica. En bon français, un cafard

Bon, son cri n’est pas complètement injustifié : un cafard n’est jamais seul. S’il y en a un, c’est que dans l’ombre sont tapis des centaines, voire des milliers. C’est cette pullulation qui dégoûte. Car les cafards sont grégaires et se reproduisent vite ! Dans de bonnes conditions de température et d’alimentation, un seul couple peut engendrer en une année plusieurs dizaines de milliers de descendants. 

Le cafard de nos placards est l’une des 4000 espèces de blattes, insectes d’un groupe qui contient aussi les termites. Quelques-unes seulement prospèrent à proximité des humains, dont la blatte américaine quatre fois plus grande que la blatte germanique – les Américains adorent tout ce qui est grand.

La blatte germanique, la nôtre donc, ne mesure que 13 à 16 millimètres. Elle adore l’amidon, les sucres, les graisses, la viande, les cheveux, les cadavres d’autres cafards, mais elle peut s’attaquer aussi au savon, à la colle, au papier ou au dentifrice. Comme tous les animaux qui se nourrissent de nos déchets ou de nos stocks, elle est détestée. On la retrouve dans les restaurants, les usines de transformation des aliments, mais aussi dans les hôpitaux, les hôtels, les cantines... Elle est nocturne et se déplace en silence ce qui nous la fait percevoir comme sournoise, malfaisante.

Les blattes, frileuses comme les humains 

Franz Kafka fait du cafard l’emblème de l’altérité dans sa nouvelle de 1915 intitulée La Métamorphose. Le personnage principal, Gregor, se réveille, après une nuit agitée, métamorphosé en un animal aux nombreuses pattes qui n’est pas nommé… un mille-pattes ? un scarabée ? un cafard ?

Le goût immodéré du personnage pour les denrées avariées fait pencher la balance en faveur du cafard. De plus, sa femme de ménage le nomme « vieux cafard », appellation assez explicite. Un roman habile et intelligent, où l’on s’aperçoit suite aux déconvenues auxquelles Gregor fait face vis-à-vis de son entourage, que le monstre n’est pas celui qu’on croit. Un roman sur le désespoir qu’engendre la mise à l’écart, sur le rejet social de la différence. Un truc à avoir le cafard.

Originaire de l’Asie tropicale, la blatte est sensible au froid. C’est pourquoi elle cherche à entrer dans les maisons. Voire dans les ordinateurs. Dans les années 1940 à 1960, les premiers ordinateurs très volumineux dégageaient une chaleur considérable. Les cafards (bugs, en anglais) s’y installaient bien au chaud et perturbaient la bonne marche des systèmes. Il y a un bug signifiait alors vraiment : « il y a un cafard ». Le terme « bug » est resté pour désigner un dysfonctionnement informatique bien que les cafards n’élisent plus domicile dans nos machines compactes et froides.

Mon ordinateur vient de me lâcher ! Un « cafard » m’impose de clore cette chronique.

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