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Un grand fourmilier au zoo de Berlin, 2013

Un économe, le grand fourmilier

3 min
À retrouver dans l'émission

Le museau a la part belle chez le fourmilier, ce mammifère mangeur de fourmis qu'il débusque avec sa langue de 60 centimètres enduite d'une salive gluante. Cette pompe à insectes sait aussi y faire pour préserver ses forces et faire face aux prédateurs.

Un grand fourmilier au zoo de Berlin, 2013
Un grand fourmilier au zoo de Berlin, 2013 Crédits : ullstein bild - Getty

« C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! 

Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » 

Quel nez ! Si Edmond Rostand avait été zoologiste, il aurait décrit le museau du fourmilier par ces vers. Car cette tête longue et conique, ce n’est qu’un nez ! Pensez-donc : l’odorat du grand fourmilier, Myrmecophaga tridactyla, ce qui signifie mangeur de fourmis à trois doigts, est 40 fois plus développé que celui de l’Homme ! Tout se passe comme si le reste de la tête avait été négligé au profit du nez. Le fourmilier a des yeux petits et une mauvaise vue, des oreilles menues, pas de dents, une mâchoire réduite. 

Le fourmilier est un économe. Sa température corporelle est l’une des plus basses chez les mammifères : 32°C ! Le cerveau étant gourmand en énergie, le sien est riquiqui et bat le record de petitesse rapportée à la taille chez les mammifères. 

Une véritable pompe à insectes

On peut comprendre, car le fourmilier ne mange que des fourmis ou des termites, qu’il repère à l’odeur. Il les débusque avec une langue de 60 centimètres reliée au sternum et enduite d’une salive gluante sécrétée par d’énormes glandes salivaires. J’en oublierai presque la queue en forme de grand balai, dont il se sert pour se recouvrir lorsqu’il dort ou se repose, 15 heures par jour. 

Le fourmilier, après avoir éventré une fourmilière devient une véritable pompe à insectes : sa langue entre et sort de sa bouche deux à trois fois par seconde. Pendant que la langue ressort pour retourner à la pêche, les pauvres fourmis retenues dans la bouche sont écrasées contre le palais ou envoyées dans l’estomac dont les plis renforcés de corne sont de véritables plaques broyeuses. L’estomac du fourmilier fonctionne donc un peu comme un gésier d’oiseau. 

Incapable de sécréter les acides gastriques, il utilise l’acide formique des fourmis pour sa digestion. C’est un animal économe. Économe jusque dans son exploitation des fourmilières qu’il ne dévaste jamais entièrement, laissant ainsi aux insectes le temps de refaire leur nid entre deux visites. 

Un roublard qui peut tenir en échec un jaguar

Curieusement, le fourmilier se déplace avec les membres antérieurs appuyés sur la face externe des phalanges, un peu à la manière des chimpanzés. Le bout de ses doigts est replié vers l’intérieur de la main, préservant les griffes de l’usure de la marche… Économe, vous dis-je ! Ces griffes de la main sont précieuses pour creuser et pour impressionner le jaguar. Car ce dernier, s’il est le grand prédateur de la forêt amazonienne, se méfie des coups de faucille du fourmilier. Lorsque ce dernier se sent menacé, il se redresse et balance des claques redoutables. 

Chez les peuples amazoniens, le fourmilier fait figure de roublard, mais il est respecté car il est capable de tenir en échec un jaguar. Par ailleurs, il fait sourire en raison de son grand nez. Il porte aussi le joli nom de tamanoir. Mais je soupçonne qu’Edmond Rostand lui aurait prêté un nom plus pédant : 

« L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » 

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