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Prenons du recul et observons Homo Sapiens

Une drôle de bête

3 min
À retrouver dans l'émission

Quel est ce gros animal qui gratte la terre, érige des structures pour s'y réfugier, exploite d'autres animaux, migre d'une saison à l'autre sur les littoraux et s'aventure dans l'eau ? Quelle est donc cette espèce invasive responsable de la prochaine extinction de masse ?

Prenons du recul et observons Homo Sapiens
Prenons du recul et observons Homo Sapiens Crédits : Abstract Aerial Art - Getty

Je me présente, j’ai de belles plumes noires et jaunes et je suis une mésange. Je suis une mésange attentive au monde avec une âme naturaliste. Voletant de-ci, de-là j’ai observé une bestiole au comportement pour le moins étrange. Ce gros animal gratte la terre avec acharnement et je me suis interrogé s’il ne convenait pas de le rapprocher des sangliers. Il réussit même à abattre des arbres, serait-ce un cousin des castors ? 

Il émet une palette de sons variés, mais je suis bien placé pour savoir que cela n’a rien à voir avec le pépiement des oiseaux. Il érige de grosses structures pour s’y réfugier. Pas comme mon nid, mais plutôt à l’image de fourmilières ou de termitières. 

Un gros insecte social 

Quand j’y pense, il ne serait pas surprenant qu’il soit proche de ces insectes sociaux. Bien que considérablement plus gros, ses mœurs grégaires, sa manière de s’agiter en tout sens, sa façon de suivre des pistes qui finissent par s’imprimer dans le paysage offrent des similitudes troublantes. 

Autre similitude, ces animaux ont réussi à en réduire d’autres en esclavage. Tout comme les fourmis élèvent et exploitent les pucerons, ils élèvent et prennent le lait de divers mammifères. L’hypothèse "gros insecte " semble tenir la corde. 

Afin de la tester en bon scientifique, il convenait d’élargir le cercle des comparaisons. J’ai donc consulté des collègues. D’abord, les oiseaux qui fréquentent les rivages marins m’ont fait savoir que cette espèce est migratrice. L’été, elle se regroupe sur les littoraux et s’aventure même dans l’eau. Certes maladroitement car elle s’y déplace sans élégance à la vitesse d’un goujon. On peut donc écarter une hypothèse "poisson ". 

Ensuite, les migrateurs qui fréquentent d’autres contrées. Les hirondelles revenues d’Afrique m’ont révélé que cet animal y est connu depuis des lustres. On parle de 300 000 ans. Elles m’ont aussi dit que l’espèce en question partageait des similitudes avec les grands singes que sont les gorilles et les chimpanzés. Elle serait un primate. 

Une espèce invasive 

Aujourd’hui, l’espèce est partout et je pourrais presque la qualifier d’invasive. Elle présente des variations de coloration de son pelage, mais avec toutes sortes d’intermédiaires et il est impossible d’y distinguer des sous-espèces ou des races. 

Vous avez compris que cet apologue un peu naïf avait pour but d’évoquer notre espèce, Homo sapiens, en se mettant à distance. 

L’IPBES, équivalent pour la biodiversité de ce qu’est le GIEC pour le climat, nous indiquait en 2019 qu’entre 500 000 et 1 million d’espèces présentaient un risque d’extinction dans les prochaines décennies. Le Muséum et le CNRS nous avaient dit un an plus tôt que 40% des oiseaux communs avaient déserté nos plaines agricoles en 30 ans. 

Nous sommes alertés par des proliférations de méduses qui remplacent les poissons pêchés en masse. Aucune extinction, juste des déclins qui évoquent celui de grosses bêtes il y a 65 millions d’années. Il semblerait que nous devrions réagir… 

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