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Des scientifiques de différents pays élèvent des protées pour des études sur le vieillissement. En effet, l'espèce ne vieillit pas vraiment.

Une larve éternelle, ou presque

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Le protée n’est pas un dragon, contrairement à ce qu’on a pu croire il y a bien longtemps. Mais il n’en possède pas moins d’étonnantes caractéristiques…

Des scientifiques de différents pays élèvent des protées pour des études sur le vieillissement. En effet, l'espèce ne vieillit pas vraiment.
Des scientifiques de différents pays élèvent des protées pour des études sur le vieillissement. En effet, l'espèce ne vieillit pas vraiment. Crédits : MATJAZ SLANIC - Getty

Le baron Johann Weichard von Valvasor est un érudit qui participe à l’essor scientifique de la fin du XVIIe siècle. Dans le duché de Carniole, au centre de la Slovénie, il s’intéresse à tout, et publie en 1689 La Gloire du duché de Carniole. Il y est question du lac intermittent de Cerknica, qui s’assèche une partie de l’année. 

Les paysans locaux expliquent au baron que si l’eau du lac disparaît, si la source de la petite ville d’Ober-Laybach est intermittente, c’est que sous terre existe un dragon qui évacue l’eau. Explication plausible, car pour bien des naturalistes de l’époque, les dragons existent. 

Ce n’est pas le cas du baron, à qui l’on précise que si les dragons sont immortels sous terre, ils meurent s’ils remontent à la surface. La preuve, on en a vu dans le lac, et un jeune dragon a été capturé mort. Que le baron aille voir le spécimen chez le maître de poste qui l’a conservé. Le baron a la vérification chevillée au cerveau. Il se rend donc chez le maître de poste. Devant le « bébé » dragon séché, il hausse les épaules. C’est ça, votre dragon ? Ce n’est qu’un « ver souterrain et une vermine » déclare le baron, qui par ailleurs interprète l’intermittence des lacs et des sources comme des effets de la circulation des eaux dans les grottes karstiques dont cette région est riche. 

L'animal qui ne vieillissait pas 

En 1768, un médecin naturaliste viennois Josephus Nicolau Laurenti décrit l’animal et lui donne le nom de Proteus anguinus. Le protée, ou encore protée anguillard car avec ses pattes très courtes il ressemble à une petite anguille, va devenir le plus célèbre représentant de la faune cavernicole, au point de devenir emblématique de la Slovénie. La plus ancienne revue slovène de vulgarisation scientifique est baptisée Proteus. Les Slovènes l’appellent « le poisson humain », probablement en raison de sa peau pâle et rosée. 

On l’appelle aussi salamandre blanche, ou salamandre des grottes. En effet, ce n’est pas un poisson, mais un amphibien. Mais un amphibien spécial qui arbore un panache de branchies rouges qu’il conserve toute sa vie. Cela nous amène à une première curiosité de cet amphibien. Il ne se métamorphose jamais, contrairement aux salamandres ou grenouilles. Il atteint l’âge adulte alors que, morphologiquement, il a encore l’apparence d’une larve avec de belles branchies externes. 

Ne comptez pas sur le temps pour le voir se métamorphoser ! Car, autre curiosité, le protée ne vieillit pas. Cet animal peut continuer à se reproduire à l’âge de cent ans et vivre encore plus longtemps. Ce phénomène de « sénescence négligeable » vient d’une capacité à régénérer ses tissus. 

Troisième curiosité, il est extrêmement résistant au jeûne, et peut passer dix ans sans manger. L’espèce est protégée depuis 1922 dans son habitat naturel, en Slovénie. Elle est par ailleurs élevée dans des milieux cavernicoles de divers pays européens pour des études scientifiques sur le vieillissement. 

Pas étonnant que cette vieille larve des grottes et cavernes nous fascine. L’étrange vermine du baron n’a pas fini de nous ébahir !

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