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Représentation de violences contre les Juifs en Europe lors de l'épidémie de peste au XIVème siècle.

Yersinia pestis, la bactérie de Strasbourg

3 min
À retrouver dans l'émission

Il va sans dire que dresser une histoire des épidémies est vital aujourd’hui. Dans cette chronique, nous découvrons comment au Moyen Âge, la peste fut le prétexte tout trouvé par les nantis pour s’en prendre à la population juive et s'accaparer ses biens.

Représentation de violences contre les Juifs en Europe lors de l'épidémie de peste au XIVème siècle.
Représentation de violences contre les Juifs en Europe lors de l'épidémie de peste au XIVème siècle.

Strasbourg, 14 février 1349, jour de la Saint Valentin. Deux mille Juifs, arrêtés la veille, sont brûlés vifs. Les bûchers vont durer six jours.  

Mais prenons un peu de recul. Depuis le printemps 1348, la France et le Saint Empire sont traversés par une vague de pogroms. C’est par centaines qu’on envoie des Juifs au bûcher à Bâle, Fribourg, Erfurt, Mayence, Chambéry… On les accuse de la catastrophe en cours. Quelle catastrophe ?

L’Europe est décimée par un mal nouveau, atroce, qui n’épargne ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, ni les riches, ni les pauvres, ni même les ecclésiastiques. On appelle ce mal la « grande pestilence », la « grande mortalité », la « maladie des bosses », et plus rarement « peste universelle ». Les Juifs sont tenus pour coupables ; ils empoisonneraient les puits. Mais on brûle aussi les lépreux, les sorcières, les mendiants… L’agressivité est même tournée contre soi, avec des processions de flagellants.

Pendant ce temps, les fosses communes se remplissent à la périphérie des villes qui se vident. Les porteurs de morts, les médecins et le clergé se font rares. La population est désemparée. Et il y a de quoi. Entre 1347 et 1352, celle qui sera appelée « la peste noire » tue entre 30% et 50% des européens. La petite commune rurale de Givry, en Bourgogne, comptera 630 morts pendant le seul été 1348.

La France perdra près de la moitié de sa population entre 1340 et 1440. La guerre de Cent ans n’y est pour rien. Elle aura fait quelques milliers de morts en cent ans, la peste des millions de victimes. On sait aujourd’hui que l’origine de ce mal est une eubactérie du groupe des entérobactéries, Yersinia pestis. Yersinia est un colibacille d’un à trois millièmes de millimètre. Pour comprendre l’origine de la pandémie humaine du XIVe siècle, il faut faire intervenir d’autres acteurs. Les puces et les poux, insectes qui se nourrissent du sang des mammifères, et qui sont vecteurs de la bactérie sans en être victimes… et sans doute les rats, très sensibles aux bacilles pesteux, et qui surtout transportent les puces. 

Le pogrom arrive avant même la peste

Le pogrom de Strasbourg est doublement pathétique. Pourquoi ? Parce que début février 1349, la peste n’est pas encore arrivée en ville ! Ce qui arrive en ville, c’est la rumeur selon laquelle plusieurs cités allemandes sont déjà touchées. Les nobles, les bourgeois, mais aussi les évêques exploitèrent la panique de la population pour accuser les Juifs de la peste qui sévissait au loin. La mesure était donc préventive. Enfin pas que… 

Car elle a permis à tous les allumeurs de bûchers de se libérer des dettes contractées auprès des Juifs qui, souvent confrontés à l’interdiction de pratiquer d’autres métiers, exerçaient le rôle de prêteurs. Activité qui rend service, mais qui attire l’hostilité. Le bacille permit aux bons strasbourgeois, enfin à ceux qui survécurent à la peste, non seulement de se débarrasser de leurs dettes, mais en plus de s’enrichir en s’appropriant les biens des Juifs. Yersinia pestis avait bon dos.

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