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Campagne #KeepItOn pour le rétablissement d'Internet au Cameroun

Cameroun : le pouvoir continue de priver les anglophones d'internet

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Depuis mi-janvier les régions anglophones du Cameroun n'ont plus accès à internet. Cette coupure fait suite à une série de manifestations dans cette partie du pays. C'est la plus longue sur le continent africain.

Campagne #KeepItOn pour le rétablissement d'Internet au Cameroun
Campagne #KeepItOn pour le rétablissement d'Internet au Cameroun Crédits : Access now

BringbackourInternet. "_Rendez-nous notre Interne_t", réclament les citoyens dans une certaine indifférence internationale. Au Cameroun, cela va faire deux mois qu'internet est coupé dans deux des dix régions du pays, le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. Le 17 janvier, les fournisseurs d'accès ont suspendu leurs services à la demande du gouvernement de Yaoundé, rapporte l'ONG Internet sans frontières. Depuis plusieurs mois, ces régions sont en crise : la minorité anglophone dénonce des discriminations, manifeste contre le pouvoir et multiplie les opérations "ville morte". Dès l'automne, le gouvernement, lui, disait vouloir lutter contre les fausses informations sur les réseaux sociaux. Désormais, il n'y a plus de réseau du tout . Dans cette partie du pays, la seule possibilité pour encore se connecter au web, c'est de se payer un très cher accès à l'internet par satellite. Et pour ceux qui n'ont pas les moyens, l'ultime recours, c'est de faire de longues heures de route jusqu'à l'une des villes francophones les plus proches, où le réseau est maintenu.

Couper internet, c'est supprimer l'accès à un espace de communication, de débat politique et de production économique. Depuis 2012, l'accès à internet est d'ailleurs reconnu comme un droit fondamental. Une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU dit que chaque individu a le droit de se connecter et de s’exprimer librement sur internet. Le texte avait été adopté malgré de l'opposition de pays comme la Russie et l'Inde. Il faut dire que l'Inde détient ce triste record : 27 coupures d'internet en dix ans selon les chiffres d'Access now. Ce regroupement d'ONG s'est créé précisément face à l'inflation du nombre de cas de coupures du réseau, partielles ou totales, à travers le monde. A côté des raisons techniques ou juridiques qui peuvent expliquer un accès réduit, ce que l'on constate, c'est la hausse des cas de censure volontaire. Et pas uniquement dans les régimes autoritaires.

Perturber l'accès à internet, cela veut dire quoi ? Concrètement, cela peut prendre plusieurs formes. D'une part rendre difficile l'accès à certains services. Comme des applications de téléphonie type WhatsApp ou les réseaux sociaux - Twitter, Tacebook. Certains pays les coupent de manière continue — comme la Chine— ou sporadique, comme la Turquie.

Certains pays vont plus loin et n'hésitent plus à couper totalement l'accès au web. Le premier cas recensé de coupure totale date de 2005, c'était au Népal. Mais c'est surtout depuis 2011 que les pouvoirs y vont vu le potentiel de répression. Cette année-là, en Egypte, le Président Hosni Moubarak coupe l'accès à internet pour tenter de briser la Révolution qui s'organise.

Depuis, les gouvernements sont de plus en plus nombreux à le faire. Essentiellement sur le continent africain et en Inde. En dix ans, entre 2006 et 2016, 25 pays ont procédé à une coupure du réseau (services mobiles, SMS ou internet) comme le montrent ces cartes.

Carte des coupures politiques d'Internet
Carte des coupures politiques d'Internet Crédits : Camille Renard - Radio France

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Le Cameroun rejoint donc la désormais longue liste de ces pays. Depuis deux mois, environ 20% de sa population est privée d'internet. Et les conséquences sont déjà immenses tant d'un point de vue économique que pour les droits humains . "C'est le futur de la répression. Si nous ne luttons pas là-bas, cela va arriver ici » a tweeté Edward Snowden. Le message du lanceur d'alerte américain a été d'autant plus remarqué et relayé que la communauté internationale reste, elle, bien silencieuse. Et peu à l'écoute des Camerounais qui continuent de scander : "Bring back Our Internet".

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