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Heetch : la start-up condamnée et après?

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Après sa condamnation et l'arrêt de son service, la start-up Heetch essaye de mobiliser tout un eco-système mais aussi les utilisateurs.

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Site #GénérationHeetch Crédits : capture d'écran

Heetch, ce sont peut-être les moins de 25 ans qui la connaissaient le mieux, ou en tout cas ceux qui l'utilisaient le plus. Cette application permettait entre 20 h et 6 h du matin de mettre en relation des passagers et des conducteurs non professionnels. Concrètement, n'importe qui du moment qu'il avait une voiture. Un service utilisé surtout dans les grandes villes. Cette semaine, la start-up française, créée en 2013, et ses dirigeants, ont été condamnés pour complicité d’exercice illégal de la profession de taxi, pratique commerciale trompeuse et d’organisation illégale d’un système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non professionnels. La plate-forme va être suspendue et l'amende à payer dépasse les 500 000 euros. Dont une grande partie pour préjudice moral causé aux 1 460 parties civiles, essentiellement des chauffeurs de taxis.

Décision sans grande surprise néanmoins. Uber pop, service équivalent de l'américain Uber, avait déjà été interdit. Même si Heetch s'était toujours défendue d'être identique. La justice a donc tranché : contrairement à ce qu'affirmait la start-up, il ne s'agit pas de covoiturage. Notamment parce que les conducteurs gagnent de l'argent, et que la destination est choisie par ceux qui payent. Les juges reprochent aussi aux patrons de l’application de s’être « délibérément affranchis des principes légaux, au nom de la création d’une nouvelle économie ». Les dirigeants ont annoncé qu'ils feront appel.

C'est d'ailleurs une attaque contre l'innovation et l'économie collaborative que dénoncent les dirigeants de Heetch et leurs défenseurs. On retrouve là une tension de fait entre les règles de la concurrence établies et les nouveaux entrants sur un marché qui souhaitent les changer. Une opposition classique. Mais qui rappelle une fois encore combien les nouveaux services permis par le numérique bousculent les cadres existants, à une vitesse que la réponse politique et législative (quelle qu'elle soit) peine à suivre. Le tout habillé parfois d'une rhétorique qui n'a pas attendu le numérique, consistant à opposer nouveauté et corporatisme, innovation et régulation etc.

Or si les questions posées par les plateformes sont si complexes, c'est qu'elles touchent tout un tas de fonctionnements et donc des choix de modèle social. Les regarder uniquement sous le prisme du droit de la concurrence, c'est n'en voir qu'un tout petit aspect. Ce qui est en jeu avec ces services, c'est sont aussi les données collectées (leur utilisation, leur protection), le droit du travail (quel est le statut des travailleurs de ces plateformes), la fiscalité (et la taxation des revenus générés). Autant de sujets liés les uns aux autres, et qui pourtant dépendent de législations très disparates. Et surtout, en grande partie de choix européens.

Pendant ce temps-là, la grogne s'organise chez les défenseurs de Heetch, menée par les équipes de com' de la start-tup; " Heetch fermé ? Ça dépend de nous tous ! Faites du bruit ce samedi 4 mars." Dit le site créé pour l'occasion. A l'automne dernier, la start- up avait déjà lancé le hashtag #touchepasàmonheetch, produit des vidéos très bien faites pour les réseaux sociaux. Cette fois, c'est #Générationheetch. "Pour manifester avec nous (directement depuis ton canap'!) précise le site. Pour manifester son soutien, il faut choisir son avatar, le parent (et ce slogan, "si tu aimes tes gosses et que tu veux les voir rentrer en toute tranquillité") , le fêtard ( "Plus de heetch plus de sortie, plus de sortie plus de chope, plus de chope plus de bébé, plus de bébé plus de Francais") Le militant 'tu dis non aux OGM non à la loi travail mais oui àHeetch".

Cette manière de faire n'est pas propre à Heetch. Dans le même esprit, Airbnb a lancé des "clubs", réunissant locataires et propriétaires, pour parler d'une voix commune contre les attaques envers le site. C'est peut-être là, la grande victoire de ces plateformes. Ceux qui défendent Heetch ne manifestent pas pour des transports urbains de meilleure qualité ou moins chers, ou plus développés. Non, ils interpellent les pouvoir publics sur le sort et les intérêts d'une entreprise privée. Ce qu'observent les chercheurs qui travaillent sur la notion de digital labor, comme Antonio Casilli. Ces plateformes parviennent à faire porter la défense de leurs intérêts privés par tout un tas d'acteurs. Et à 'hybrider les rôles des dirigeants, travailleurs, consommateurs.

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