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Internet, le vrai, le vérifiable et la démocratie

3 min
À retrouver dans l'émission

Fausses informations, post-vérité ... Quelles relations entre Internet et la vérité?

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. Crédits : Paul Taylor - Getty

Que ce soit après le Brexit ou la victoire de Trump, Facebook a été l'un des principaux accusés. Ce qui lui est reproché, c'est notamment de laisser des fausses informations prospérer sur sa plateforme. Autre exemple récent de ce que cela peut donner : ce qu'on a appelé le "pizzagate". Une sorte de délire viral, disant qu'il existerait dans une pizzeria connue de Washington un réseau pédophile organisé par des proches d’Hillary Clinton. Cela a tourné sur les réseaux sociaux au point qu'un homme est allé tirer des coups de feu dans le restaurant. A la police, il a expliqué qu'il voulait « faire sa propre enquête ».

Face aux flots de critiques, Facebook a annoncé, il y a quelques jours, une série de mesures pour combattre cela. L'idée c'est de permettre aux utilisateurs de signaler ce qu'ils repèrent comme étant de fausses informations. Charge ensuite aux employés de Facebook se mettre en lien avec des sites d'information spécialisés dans la vérification des faits, ou fact checking. En cas de fausse information, les contenus seront signalés comme "contestés", et une page expliquera pourquoi. Ces contenus seront également moins mis en avant sur le fil d’actualité.

Mais depuis quelques mois, c'est plus largement des rapports entre Internet et la vérité que s'est emparé le débat public. Comme l'illustre le succès de la notion de "post-vérité" (post-truth). C'est le mot de l'année choisi par le dictionnaire britannique Oxford.

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L'expression, déjà ancienne, est revenue dans les débats après deux grands articles publiés par The Economist et le Guardian. Ce qu'ils décrivent comme nouveau ce n'est pas tant l'intérêt de nombreux acteurs à mentir mais plutôt l'idée que les faits n'auraient plus d'importance dans le débat public.

Ecouter : La vérité compte-t-elle encore en politique ? (Les Matins 15/09/2016)

Mais premier constat : il n'est en fait pas plus ou moins de question de vérité qu'avant. La différence c'est qu'Internet met davantage en avant les opinions. D'autre part, il existe désormais des centaines de sites d'informations exclusivement dédiés à la vérification des faits. Mais cela ne change rien. Enfin, l'une des promesses d'Internet, par exemple celle de Wikipédia, n'était pas tant que les contenus soient vrais, mais qu'ils soient vérifiables. Une régime de vérité qui concerne rarement ce qu'on partage le plus sur les réseaux sociaux.

Peut-on dire pour autant que l'on vérifie moins si ce qui circule est vrai ?

Rappelons d'abord que ce que nous disent les études cognitives ; nous n'avons pas d'appétence particulière pour la vérité. Le sociologue Gérald Bronner, auteur de "La démocratie des crédules", s'est beaucoup intéressé à la question des croyances. Et il rappelle qu'elles reposent notamment sur ce mécanisme de notre cerveau : nous préférons confirmer nos représentations du monde plutôt que les infirmer. Du coup, tout nous parait plus intéressant, et aussi plus vrai, quand cela va dans notre sens. En sommes, nous ne sommes pas plus ou moins vertueux qu'avant. On ne vérifiait pas plus l'information avant. Ce qui change, c'est l'articulation de deux phénomènes : d'une part la crise de confiance dans les politiques et les institutions. D'autre part, la logique des nouveaux médias ; nous avons plus facilement accès aux informations qui vont dans le sens de nos représentations. Les croyances se diffusent donc plus.

Ecouter : Ere de post-vérité et vérification des faits (Les Nouvelles vagues 12/12/2016)

"Internet est tout à la fois un outil extraordinaire et ce qui nous a mené là", explique Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard et grand penseur du web. Je l'ai rencontré alors qu'il était récemment à Paris. Ce qu'il souligne, c'est qu'avec la fragmentation des sources d'informations, il n'y a plus de cadre commun de discussion. Et qu'il y a donc désormais urgence à défendre les valeurs démocratiques dans le cyberespace. Comment ? La réponse technologie n'est qu'une surcouche. Nécessaire, mais elle ne peut venir qu'en complément d'une réponse politique au sens large. Redonner confiance dans la démocratie représentative, voilà le chantier qui s'est ouvert à tous.

Lire aussi Entretien avec Lawrence Lessig : "La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie" (22/12/2016)

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