LE DIRECT
 Birgitta Jonsdottir, l'une des figures du parti pirate islandais

Islande : les pirates en politique

3 min
À retrouver dans l'émission

En bonne position pour les élections législatives anticipées de ce samedi, le Parti pirate islandais bénéfice d'une visibilité et d'une popularité inédite. Transparence, gouvernance, protection de la vie privée : les questions numériques sont devenues la matrice d'un projet politique plus large.

 Birgitta Jonsdottir, l'une des figures du parti pirate islandais
Birgitta Jonsdottir, l'une des figures du parti pirate islandais Crédits : Gwladys Fouche - Reuters

Ce qui se passe en Islande, l'affirmation d'un parti pirate comme force politique de premier plan, est inédit. Depuis la création du premier parti pirate en Suède, il y a juste dix ans, d'autre ont éclos. Mais sans déboucher sur une telle popularité, visibilité médiatique. Bien placé dans les sondages depuis des mois, le parti pirate pourrait même se trouver en position de former une coalition majoritaire. Ils ont d'ailleurs un accord historique avec l'opposition pour former un gouvernement à l'issue des législatives anticipées d'aujourd'hui. Que proposent les pirates ? Dans le noyau idéologique : il y a la protection de la vie privée et des données, la défense de la liberté d'expression et de la transparence, en particulier à travers la défense des lanceurs d'alertes et des journalistes, plus de pouvoir et de participation des citoyens.

Le parti pirate propose de faire de l'Islande un paradis informationnel, copiant et tordant l'image du paradis fiscal. D'ailleurs, le pays a déjà voté en 2010 l'initiative pour la modernisation des médias, l'IMMI, sous l'impulsion de l'une des figures du parti pirate, la députée Birgitta Jonsdottir- Il y a en effet déjà trois élus du parti pirate. L'IMMI vise à établir un corpus de loi favorables au journalisme d'investigation.

Ecouter Birgitta Jonsdottir dans Les initiatives citoyennes (17/09/2016)

Qui sont les pirates?

Parmi les figures du parti, beaucoup viennent d'une culture assez technologique. On trouve des développeurs, des informaticiens des hackers. Comme l'activiste et programmeur Smari MacCarthy Beaucoup ont été proches de Wikileaks - même s'ils prennent aujourd'hui leurs distances avec Julian Assange, précisément pour son manque de transparence. Certains se sont impliqués dans la défense d'Edward Snowden, et milité pour que l'asile lui soit accordé en Islande.
> Retrouver le portrait de Smari MacCarthy dans Entretiens avec des hackers

En utilisant les termes de pirates, de hacker, les militants jouent de figure traditionnelle de la culture numérique . Et avec un certain succès D'autant plus que l'Islande est l'un des pays au monde ou l'accès à Internet est le plus développé. Cela leur permet d'attirer un électorat plus jeune.

Manifestation à Reykjavik (avril 2016)
Manifestation à Reykjavik (avril 2016) Crédits : Sigtryggur Johannsson - Reuters

Un projet politique plus large

Ce qui est intéressant ici c'est de voir comment des questions numériques dans leur acception la plus resserrée se sont transformées en un projet politique plus large. Si c'est le cas pour l'ensemble des partis pirates dans le monde, c'est particulièrement vrai Islande. Cela tient d'abord à des éléments de contexte, comme le souligne le chercheur Lionel Cordier, qui travaille sur les "mutations des démocraties représentatives à travers l’exemple de l’Islande de l’après-crise"

Piratar, comme on dit là bas est apparu en 2012. Mais c'est en fait de la grave crise économique et politique qui a secoué le pays en 2008 qu'il tire ses racines. Alors que dans d'autre pays comme la France ou l'Allemagne le parti pirate est né autour de questions sur la réforme de la propriété intellectuelle, en Islande leur projet à d'emblée dépassée des enjeux techniques. Par exemple la rénovation de la Constitution reste un point principal du programme du parti pirate. Le parti promeut de nouvelles formes de délibération, collective, la démocratie directe. En sommes, de nouvelles règles du jeu.

Pour les électeurs, le Parti pirate peut aussi apparaître comme une réponse au récent scandale des Panama Papers. Le Premier ministre, qui avait des comptes off shore, a démissionné. Mais pas les ministres de l'Intérieur ni celui des finances, pourtant eux aussi impliqués dans le scandale.

On voit du coup comment des questions numérique de gouvernance, de collaboration, de transparence, d'information apparaissent comme des enjeux clés pour penser toutes les autres questions politiques. Cela montre comment le noyau de valeurs qui ont présidé à la naissance des partis pirates constitue la matrice d'un projet politique plus vaste.

En cela, l'expérience du parti islandais montre en quoi le numérique comme facteur puissant de changement social et politique. D'où la comparaison souvent faite avec les mouvements écologistes et féministes. Enfin, le regard que nous portons sur ce parti pirate, dit aussi quelque chose de notre manière de faire de la politique, et de notre éventuelle capacité à en changer.

Chroniques

8H18
26 min

L'Invité idées de la Matinale

L’Europe peut-elle encore s’entendre ?
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......