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Ideo2017 : Analyses de tweets politiques en campagnes électorales

Le tweet, un genre du discours politique

3 min
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En étudiant les tweets des candidats, une équipe de linguistes travaille à déterminer ce que ces profils sémantiques disent de l'idéologie. Ils ont lancé une plateforme d'analyse du discours politique sur les réseaux sociaux, nommée Idéo2017.

Ideo2017 : Analyses de tweets politiques en campagnes électorales
Ideo2017 : Analyses de tweets politiques en campagnes électorales Crédits : Ideo2017

L'autre jour, j'ai remonté le fil twitter d'Emmanuel Macron. On pouvait lire "Nous sommes tous des enracinés" #pandalive - c'était un rendez-vous organisé par le WWF. Suivi d'une série de propositions du type" "le projet écologique que je veux porter n'est pas une case à cocher, c'est un projet de civilisation" . Venaient ensuite des tweets sur un déplacement en Indre-et-Loire : rencontre avec un sénateur, puis un jardinier, séance de dédicaces. Avant un "rien ne justifie les violences" , à propos de l'affaire Théo. Je ne cite pas tout, ce serait trop long. Car désormais, des premières matinales radio jusqu'au soir, toutes les prises de parole des politiques au cours d'une journée sont reprises sur les réseaux sociaux.

Ce qui réclame aussi une certaine cohérence et progression dans les tweets. Car ils doivent pouvoir se lire à la fois dans la continuité et indépendamment les uns des autres. Et finalement, peu importe les conditions initiales dans lesquelles sont émis ces propos. Peu importe aussi que les politiques tweetent toujours eux-mêmes ou pas...Ce n'est pas l'essentiel. Car ce à quoi on a affaire, c'est à une identité numérique. Par exemple, @BenoitHamon, ce n’est pas exactement Benoit Hamon, c’est "le candidat Hamon sur Twitter"

Si par exemple un porte-parole de François Fillon s'exprime sur un sujet, le candidat pourra toujours dire "il m’a mal compris" ou “ce n’est pas moi qui ai dit ça” … Mais dès lors que c’est pris en charge par l’avatar Twitter @FrançoisFillon, il ne peut plus : cela reste attaché à sa personnalité numérique.Tout cela nous suggère de prendre les tweets au sérieux.

Qu'est-ce que cela peut nous apprendre? C'est la question que s'est posée le linguiste Julien Longhi. Ce chercheur à l'Université de Cergy-Pontoise considère le tweet comme un sous-genre du discours politique. Au même titre que l’allocution, l’interview, la profession de foi...Voilà qui tranche avec cette antienne selon laquelle twitter n'est qu'un objet de "réduction de la pensée à 140 signes". Et ce qu'il analyse, c'est ce que les termes choisis par les candidats nous disent de leur idéologie. Quels mots sont employés, à quelles fréquences, de quels autres termes sont-ils rapprochés ? Tout cela permet d’essayer de caractériser les camps politiques.

Dans son université, Julien Longhi travaille avec des informaticiens. Et ensemble ils viennent de lancer une plateforme qui s'appelle #Idéo2017. L'idée c'est de partir de ce que disent les candidats sur les réseaux pour faire ressortir les champs lexicaux, les thèmes forts des différents candidats. En somme, de prendre les politiques au mot. Et ils ont déjà commencé à établir le profil linguistique des candidats, et ce qui les différencie.

Par exemple, lors de la primaire de droite, le terme “totalitarisme” était surreprésenté chez François Fillon, et très souvent associé à "Islam" et "islamisme". Egalement très présents, les termes “nationalité”, “liberté” et “redressement”. Alors que d'un point de vue lexical et sémantique, Bruno Lemaire se différenciait sur le "renouveau" et Nathalie Kosciuscko-Morizet sur l’"éducation". Chez Emmanuel Macron, Julien Longhi a trouvé les caractéristiques de la "communication narrative", les ressorts de ce qu'on appelle le storytelling, la mise en scène de l'action, l'usage du "je".

Dernièrement, l'équipe d'Idéo a comparé les propos de ceux qui utilisent le hashtag #Fillongate et de ceux qui préfèrent #PenelopeGate. C'est chez ces derniers que l'on trouve associés à l'affaire, les termes "Macron", "pouvoir", "collusion", "défaillance", "abomination", ou "conspiration". Bref, l'idée d'un complot. Ceux qui utilisent le hashtag #Fillongate se concentrent davantage sur la nature de l'affaire, et son interprétation politique. Ce ne sont que quelques exemples. Sachez enfin que cette plateforme Idéo2017 a été conçue pour être utilisée par tous, chercheurs, journalistes et tous les citoyens.

Chroniques

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