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Pepe La Grenouille est devenue un mème

"Macron Leaks" : un piratage, beaucoup de questions

3 min
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La publication de documents piratés auprès des proches d'Emmanuel Macron n'a pas donné lieu à des révélations. Mais ce piratage, organisé sous le termes de "Macron Leak" pose de très nombreuses questions

Pepe La Grenouille est devenue un mème
Pepe La Grenouille est devenue un mème Crédits : .

Cette semaine, Pepe the frog est morte. Ou plutôt son créateur, le dessinateur Matt Furie, a symboliquement enterré cette grenouille. Ce dessin pour enfant créé il y a 11 ans- une grenouille sympa, pacifique - edt devenu ce qu'on appelle sur Internet un mème. Notamment via 4Chan, institution tendance nauséabonde du net. Un grand forum anglophone, anonyme où se déchaînent des nationalistes, l'extrême-droite américaine et des néo-nazis. C'est d'abord là que la mouvance de l'Alt-right, extrême droite américaine pro-russse, a fait de cette grenouille son signe de ralliement numérique. La grenouille a échappé à son créateur, pour devenir un symbole de haine. Dès cet automne, ceux qui s'étaient autoproclamés "l'armée de trolls de Trump" se sont donné pour mission de faire gagner Marine Le Pen. On a alors vu apparaître Pepe Le Pen, la même grenouille affublée d'un perruque blonde.

Pas étonnant que ce soit sur ce même forum 4 chan que, deux jours avant le second tour de la présidentielle française, soit apparu le lien pour télécharger 5 Gigaoctets de données. 70 000 mails et documents issus de cinq boites mails de proches d'Emmanuel Macron. Un piratage, a aussitôt reconnu l'équipe d'En Marche. Ce sont essentiellement des documents sur le quotidien de la campagne électorale et des échange personnels qui ont été mis en ligne. Mais y ont été aussi mêlés de faux documents.

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Si à ce stade, cette publication n'apporte pas de révélations sur Emmanuel Macron, en revanche elle pose beaucoup de questions. D'abord parce que l'opération est inédite sous cette forme, mais aussi parce qu'elle risque de se reproduire.

Première question, celle de la sécurité informatique. Aux attaques visibles sur les réseaux sociaux, s'ajoutent celles contre les serveurs et le site, dont En Marche se dit victime depuis des mois. Pour la première fois, l'Anssi, l'agence qui fait office de garde du corps numérique de l'Etat, a travaillé avec les équipes de campagne des candidats. Si cinq boites mails ont pu être piratées malgré tout, cela aurait peut-être été beaucoup plus sans leur intervention.

Autre question, l'origine de ce piratage. Une enquête a été confiée à la Befti, la brigade de cyberenquêteurs. Mais déterminer avec certitude l'origine d'un piratage est toujours difficile, si ce n'est impossible. Ce qu'on sait retracer, c'est sa diffusion sur les réseaux sociaux. Et dans les premiers à poster less liens, on trouve Jack Posobiec, personnalité de l'extrême droite américaine, et à qui on doit le hashtag #MacronLeaks. Car cette opération n'a de leaks que le nom, donné par l'extrême-droite. Il ne s'agit pas d'informations confiées à des journalistes pour qu'ils les vérifient et les recoupent, mais de documents versés sur le web à quelques heures de la période de réserve politique et médiatique.

Cet épisode, c'est en fait la rencontre des cyberattaques et des fake news. Terme qu'il faut entendre ici au sens de publications orientées, mêlant théories conspirationnistes, thèses d'extrême-droite et décrédibilisation des médias. Cette opération, c'est en somme une attaque hybride, mélange de propagande et de piratage informatique.

Et cela montre une fois encore l'inégal rapport de force e ntre les réseaux sociaux et les médias traditionnels. Pour les journalistes, étudier, vérifier, analyser les contenus des fichiers en si peu de temps avant l'électiob, c’était impossible. En parler à la radio ou la télévision, c’était interdit durant le week-end du second tour, en raison des consignes, du CSA, même si un certain nombre de médias sont finalement passés outre. Contraintes critiquées depuis par le syndicat national des journalistes.

Toutes ces questions pourraient resurgir ailleurs en Europe, notamment aux prochains rendez-vous électoraux que sont les législatives de juin au Royaume-Uni et de septembre en Allemagne.

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