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Microsoft, Google... : les géants du numérique dans les écoles

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À retrouver dans l'émission

Après les particuliers et les entreprises, l'école aiguise les appétits des Gafam. Mais sans véritable cadre donné à l'utilisation des données scolaires, particulièrement sensibles.

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. Crédits : Pierre Andrie - AFP

Les données scolaires des enfants doivent être particulièrement protégées. Voilà ce qu'a rappelé la Cnil y a quelques jours. Demandant " un encadrement des services numériques dans l’éducation" . Ces services, ce sont tous ces outils désormais utilisés en classe pour partager des ressources pédagogiques (documents, vidéos etc) mais aussi rassembler les notes, les appréciations des profs, les absences, les courriers aux parents. Si les données scolaires sont "sensibles" c'est non seulement parce qu'elles disent beaucoup de choses sur les enfants mais aussi parce qu'elles les suivent longtemps. Du coup, elles intéressent beaucoup d'acteurs, en premier les grandes entreprises du net américaines. Précisément, cette prise position de la Cnil intervient alors que le débat sur la place de ces acteurs agite à nouveau la communauté éducative depuis quelques jours. Car mi-mai, le délégué au numérique du Ministère de l'éducation, Mathieu Jeandron, à écrit aux délégués académiques au numérique et aux directeurs des services informatiques. Dans son mail, rendu public par le site Café pédagogique, il indique "l'absence de réserve générale sur l'usages des outils fournis par les Gafam" dans la mesure où les déclarations à la Cnil sont faites. Il détaille sa position dans une interview accordée à Acteurs publics Or cette même Cnil préconise, de son côté, un cadre juridique contraignant, qui protège les données des élèves comme des enseignants.

"Charte de confiance"

Car ce cadre fait aujourd'hui défaut. Une "charte de confiance", censée venir réguler les relations avec les entreprises du numérique était attendue pour début janvier mais n'a toujours pas été publiée. La Cnil, consultée sur ce texte, a émis des réserves qui n'ont pas obtenu réponse de la part du Ministère de l'Education nationale. Cette idée de charte remonte en fait à 2015. Cette année-là, le Ministère signe un partenariat avec Microsoft qui propose des solutions pouvant être utilisées en classe (en particulier la suite Office Education), des formations de chefs d’établissement et d’enseignants « utilisant les technologies Microsoft ». A l'époque, l'accord évalué à 13 millions d’euros, avait été attaqué en justice par Edunathon (un collectif d'associations et entreprises, défenseur de l’usage du logiciel libre dans l’éducation). Il contestait la légalité de l’accord, mais avait été débouté. Le ministère avait lui promis cette fameuse charte pour assurer la protection de la vie privée des élèves et des enseignants.
Il faut dire qu'une ribambelle de questions se posent : où sont stockées les informations, qui recueille le consentement pour leur collecte ? Si un parent veut faire supprimer certaines les données sur son enfant comment fera- t- il ? Si on veut récupérer ses données, seront elles lisibles ailleurs ?

L'utilisation des données n'est qu'un aspect des questions posées par l'utilisation de ces services. En novembre dernier, l'association Framasoft qui milite pour des outils libres, avait en quelque sorte jeté l'éponge. Dans une longue tribune intitulée "Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au ministère de l’Éducation Nationale, l'association expliquait pourquoi elle allait tourner son action vers d'autres acteurs. Accusant l'Education nationale de privilégier les partenariats privés et retraçant 13 ans de lutte contre la domination des solutions privées dans le secteur éducatif.
Il faut dire que les efforts de Microsoft pour investir l'éducation datent de la fin années 90. La différence c'est qu' aujourd'hui, les services numériques sont de plus en plus utilisés en classe. Et les profs eux-mêmes se trouvent dans une situation inconfortable. Et dans un contexte budgétaire contraint, ils sont tentés d'utiliser ces services gratuits. Et d'autant plus efficaces qu'ils sont pensés pour eux, mais sans disposer d'information précise , on y revient, sur l'utilisation des données. Or celles-ci sont des plus en plus nombreuses, utilisées.

Tout cela dans un contexte où l'offensive des géants du web se fait plus forte. Car l'école est pour eux un nouveau relais de croissance. Enfin, parce que derrière ces technologies, il y a des philosophies . Le choix des technologies sur lesquelles on travaille dès l'enfance n'est pas neutre et aura des conséquences sur les pratiques de ces futurs adultes.

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