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Notre compte Facebook sous l'oeil des chercheurs

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans son livre Laetitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka fait de Facebook une source pour son enquête. Quand les réseaux sociaux deviennent des terrains d'enquête pour les chercheurs en sciences sociales.

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. Crédits : REMY GABALDA - AFP

Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux sont-ils en train de devenir un terrain d'enquête pour les chercheurs ? Une nouvelle preuve est venue de l'un de livres de la rentrée littéraire , Laëtitia (ou la fin des hommes) d'Ivan Jablonka.

L'entreprise de l'historien, c'est de retracer la vie de Laëtitia Perrais, assassinée en 2011 à l'âge de 18 ans, par Tony Meilhon. Pour cela, il a bien sûr travaillé sur des sources traditionnelles, ici des entretiens avec les proches ou encore le dossier de l'aide sociale à l'enfance. Or le quotidien d'une jeune fille d'aujourd'hui est aussi ponctué par le numérique. Comme tous les gens de son âge, Laetitia envoyait des SMS communiquait sur les réseaux sociaux, likait sur facebook et postait des selfies. Qu'est-ce que ces traces numériques peuvent nous dire des morts? C'est entre autres ce qu'explore ici Ivan Jablonka. Par exemple pour raconter la manière qu'avait Laetitia de s'exprimer, ses relations avec son copain, il cite des SMS qu'elle a envoyés, SMS rendus publics lors du procès de son meurtrier.

Extrait du compte facebook de Laetitia, cité par Ivan Jablonka
Extrait du compte facebook de Laetitia, cité par Ivan Jablonka

Ivan Jablonka, a aussi bénéficié de qu'il décrit comme une "source exceptionnelle" : le compte facebook de Laëtitia. Comme beaucoup, il était fermé, c'est à dire que seuls ses amis pouvait voir ce qu'elle postait. Pour y accéder, le chercheur a bénéficié de la confiance de la tante de Laëtitia, qui lui a donné les codes. Rappelons d'ailleurs que la loi sur le numérique, adoptée cet été, prévoit que chacun de nous puisse, de son vivant, organiser le devenir de ses données personnelles après son décès. Par défaut, elles sont transmises à nos héritiers. L'utilisation de ces données restent ensuite soumises aux obligations légales sur le respect de la vie privée.

Un objet culturel

Ces traces numériques, en particulier facebook, apportent-elles des éléments nouveaux aux chercheurs en sciences sociales? C'est du moins la conviction d'Ivan Jablonka. Il consacre d'ailleurs tout un chapitre au compte facebook de Laetitia. Il retranscrit ses posts, fautes d'orthographe incluses. Liste les groupes dont elle était membre comme _"relire un message en se disant qu'à ce moment tout était parfai_t" ou "Penser en écoutant la musique." Raconte ses "like" : 12 chanteurs, trois séries télé, deux films et un seul livre : La Quête des livres mondes, un trilogie de science fiction Mais quelles conclusions tirer du fait qu'elle ait liké Rihanna et la série de vampires Twilight. Ivan Jablonka envisage ce compte comme un objet culturel, une version à la fois intime et semi public d'un journal de jeune fille. Certes les chercheurs n'ont pas attendu les réseaux sociaux pour mettre en regard une correspondance écrite et la culture d'une époque. Mais il vrai que facebook est un espace d'exploration inédit. Il a aussi l'avantage de donner des informations sur des personnes anonymes. Facebook deviendra une source majeure pour les historiens du XXI siècle, estime Jablonka. Il faut reconnaître qu'ils sont rares aujourd'hui à travailler sur la période. Les sociologues eux se sont déjà penchés sur la question. Notamment à travers un grand programme de recherche du nom d'Algopol. Il a défini tout un protocole d'enquête où des utilisateurs consentent à donner l'accès à leur compte. Les premiers résultats concernent davantage les interactions entre les internautes que les contenus. Surtout, ce projet soulèvent un certain nombre de questions sur le traitement des données du web par les chercheurs. Peut-on extraire un sens sociologique de ces contenus? Les données du web transforme- t-elle la méthode scientifique ? Voilà quelques une des questions auxquelles se frottent aujourd'hui les sciences sociales. Elles n'en sont qu'au début.

Ecouter aussi : Ivan Jablonka, invité de La Grande table pour parler de son ouvrage

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