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Siri fait aussi des blagues

Qui est Siri et que fait-il à nos vies ?

3 min
À retrouver dans l'émission

A travers une enquête philosophique sur Siri, l'assistant virtuel intégré à l'Iphone d'Apple, Nicolas Santolaria explore la manière dont ce robot parlant change les cadres de notre existence. Et ce que cela dit de notre rapport à la technologie.

Siri fait aussi des blagues
Siri fait aussi des blagues

C'était il y a tout juste cinq ans, le 4 octobre 2011, la veille de la mort de Steve Jobs. Et dans l'un de ses fameux shows, Apple dévoilait sa dernière nouveauté intégrée aux iphones, SIRI

Quand on lui demande qui est, Siri répond sous les applaudissements ; "Je suis un humble assistant personnel". Siri est ce qu'on appelle un chatbot, un robot parlant. Demandez-lui, il vous trouvera un restaurant italien, commandera un taxi, enverra des photos à votre cousin, programmera votre réveil....

Une personne à l'intérieur du téléphone

Mais Siri ne se résume pas à des fonctions. Et c'est ce qu'explore l'étude de Nicolas Santolaria Dis Siri, une "enquête sur le génie à l'intérieur du smartphone", paru aux éditions Anamosa. Une enquête philosophique et anthropologique sur ce que Siri change à nos vies.
En effet, Siri a été conçu comme une personnage — qui dit "je", a une culture, des références (différentes dans chaque pays d'ailleurs), de l'esprit et a même été réglé pour éviter les questions qui fâchent.

Derrière la sympathie qu'il suscite, Siri est un outil qui colonise le langage.
Derrière la sympathie qu'il suscite, Siri est un outil qui colonise le langage.

Siri fait des blagues, ne marche pas toujours très bien. Et tout cela a une fonction : c'est rassurant, cela créer une forme de sympathie, d'empathie. On est loin de l'image de la machine effrayante comme HAL dans 2001 l'Odyssée de l'espace. Siri, c'est comme un ami qui saurait tout de nous (ce qu'on mange, quelle musique on écoute, qui on appelle le plus souvent...)

Siri colonise le langage

Mais sous ses dehors sympa , Siri change les cadres de nos existences, explique Nicolas Santolaria. Tout au long de son travail, il convoque aussi bien la philosophie, de Descartes à Baudillard, que la sociologie d'Erving Goffman mais aussi bien sûr les penseurs du numérique, comme Evgeny Morozov ou Maurizio Ferraris. Il a aussi mené des entretiens avec des utilisateurs de Siri.

Nicolas Santolaria observe ainsi la manière dont Siri colonise la sphère du langage. D'abord en transformant nos façons de parler. Les paroles ne s'envolent plus, elles vont dans les serveurs d'Apple. Surtout, elles ont toutes un objectif précis. Un reste du passé militaire de Siri. Car avant d'être développée par une start-up, ensuite rachetée par Apple, c'est dans l'armée que Siri trouve son origine. En 2003, la DARPA, agence américaine pour les projet de recherche de défense, mandate un laboratoire de Standford pour un très ambitieux programme de recherche en intelligence artificielle. L'objectif, créer un aide de camp virtuel. Il doit aider les commandements militaires à "gérer les surcharges cognitives en cas d'événement inattendus."

Aujourd'hui encore, Siri se présente comme un outil pour gérer le flot d'information qui nous arrive. Pour Nicolas Santolaria, cela incarne une vision hypercapitaliste de la vie, portée par la Silicon Valley. Une forme de délégation existentielle : on confie à Siri des moments ennuyeux, avec l'idée qu'il faut maximiser les autres.

Autour de nous de plus en plus d'objets connectés deviennent des objets parlants. Il va être possible de parler à son four, son frigidaire.. Siri pourrait préfigurer les rapport que nous auront avec tous nos objets.

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