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Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, à l'Assemblée nationale, le 25 octobre 2016.

Le paradoxe électoral des "affaires"

3 min
À retrouver dans l'émission

Les électeurs veulent des élus irréprochables, mais réélisent des condamnés. Pourquoi ?

Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, à l'Assemblée nationale, le 25 octobre 2016.
Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, à l'Assemblée nationale, le 25 octobre 2016. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

Si vous avez un peu de temps après la matinale, Guillaume, faites une petite expérience. Interrogez les gens dans la rue : êtes-vous pour les conflits d’intérêt ? Non, bien sûr. Une mise en examen et un mandat politique sont-ils compatibles ? Non, là encore. Faut-il rendre inéligibles à vie les élus condamnés ? Évidemment ! C’est en tout cas ce que répondent les sondés, dans les études d’opinion sur la corruption des élus. Des sondages dont les résultats - pour une fois - ne se démentent pas du jour au lendemain.

Les élus sont "plutôt corrompus" pour 60% de sondés interrogés par le Cevipof (Centre d’études de la vie politique française), en 2006. 60 %, contre 55% en 1990, et "seulement" 37% à la fin des années 1970.

Ce sondage du Cevipof s’est accompagné d’une enquête locale, plus qualitative, dans la ville de Béthune, fort intéressante. Pourquoi Béthune, dans le Pas-de-Calais ? Parce que le maire de l'époque, Jacques Mellick, avait été condamné pour faux témoignages. Il a pourtant été ensuite réélu au premier tour.

Le travail sociologique mené à Béthune démontre qu’il y a chez les administrés une "balance des intérêts" : ce qui concerne une affaire nationale d'un côté, leurs intérêts locaux de l'autre.

C’est en quelque sorte le syndrome "Nimby" à l’envers. Nimby ? "Not in my backyard", pas dans mon jardin. Cela s'applique par exemple quand il s’agit d’implanter des éoliennes : "c’est très bien partout mais pas chez moi".

Ici, c’est l’inverse : dénonciation du "tous pourris" au niveau national ; mais indulgence au niveau local... Et puis, après tout ce député-maire est quand même très sympathique, il a refait le parvis de la gare et il distribue des cadeaux de fin d'année à la maison de retraite.

On observe que les élus les plus condamnés, sont parfois aussi les plus réélus ; que ceux qui ont plus de casseroles qu’un quincaillerie sont aussi ceux qui ont parfois le plus de mandats.

La présomption d’innocence nous empêche ici de citer des cas que tout le monde a en tête. Des responsables publics mis en examen dans des affaires qui durent depuis des années. Dans ces dossiers, la justice semble progresser à petits pas sur un fil tendu en équilibre. Entre, d’un côté, la prescription, de l’autre, l’absence de preuve ou le vice de procédure.

On peut aussi remarquer que des responsables politiques condamnés ont fait leur retour : Pierre Bédier dans les Yvelines, Alain Carignon dans l'Isère, François Bernardini à Istres. C’est sans doute la force de la démocratie que d'offrir une seconde chance. Mais quelle contradiction avec les exigences des électeurs d'une classe politique totalement pure. Nulle spécificité française, bien sûr. En Italie, Silvio Berlusconi a épuisé les juges et les recours pour faire traîner en longueur les enquêtes.

Le drame de la justice, c'est qu'elle marche à pied, pendant que la communication politique vole. Laquelle met en scène l'élu-victime face à des juges "acharnés", forcément "partisans", des complots politiques et des cabales. Technique éprouvée. Résultat : le Front national n’est pas pénalisé dans les urnes malgré l’accumulation d’enquêtes sur son financement. "Ces affaires n’impriment pas dans l’opinion publique", remarquait le chercheur Jean-Yves Camus dans le Parisien-aujourd’hui en France.

Dans ce théâtre d'ombres, les partis ont aussi leur responsabilité. Un exemple : les députés accusés d’avoir bénéficié de cadeaux du Qatar, dans le livre récent de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, ont tous été réinvestis par leur parti pour les prochaines législatives. C’est reparti pour un tour, ou plutôt deux tours de scrutin en juin prochain. S’ils gagnent, les mêmes pourront faire valoir l’onction du suffrage universel, transformé en pardon du peuple. Dans ce paradoxe des affaires politico-financières, les élus corrompus sont aussi coupables que leurs électeurs.

Chroniques
8H19
16 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
L'Invité des Matins (2ème partie) : Mercredi 14 décembre 2016
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