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Jérémie Bélingard, Aurélie Dupont, Nicolas le Riche et Saburo Teshigawara lors d''une représentation de "Darkness is riding black horses", 29 oct. 2013

Adieux du danseur Jérémie Bélingard : quel héritage pour la génération 75 ?

12 min
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C'est sur une improvisation contemporaine que l'étoile Jérémie Bélingard fera ses adieux le 13 mai : une première pour l'institution qui forme des danseurs classiques d'excellence et les conserve comme dans un écrin. Un choix personnel, témoin d'une génération curieuse, et parfois à l'étroit ?

Jérémie Bélingard, Aurélie Dupont, Nicolas le Riche et Saburo Teshigawara lors d''une représentation de "Darkness is riding black horses", 29 oct. 2013
Jérémie Bélingard, Aurélie Dupont, Nicolas le Riche et Saburo Teshigawara lors d''une représentation de "Darkness is riding black horses", 29 oct. 2013 Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Après vingt années de carrière dans la prestigieuse institution classique, les adieux de Jérémie Bélingard se feront le 13 mai par un solo contemporain dans le spectacle « Merce Cunningham / William Forsythe », sur une musique de Keiichiro Shibuya,

Comme le fait remarquer France Musique, ce départ ouvre une série d'autres adieux : ceux d'une génération née en 1975 et qui atteindra cette année ou la suivante les 42 ans fatidiques. Ce seront Leatitia Pujol cette année, Marie-Agnès Gilloy et Karl Paquette l’année prochaine, départ d'une génération inauguré en 2015 par Aurélie Dupont, l'ancienne compagne de Jérémie Bélingard.

Il s'agit d'une génération d’abord classique et perçue comme telle : une fois nommé premier danseur en 2001, Jérémie Bélingard est devenu étoile en 2007. Il n’a pas fallu longtemps à la presse pour s'apercevoir de ses qualités athlétiques, et de son caractère à « forte personnalité » note très tôt René Sirvin dans Le Figaro. « Présence de charme et faiblesse d’exécution » écrit Dominique Frétard dans Le Monde, avec quand il faut un visage d'acteur et un regard de statue antique. René Sirvin loue quelques années plus tard sa « brillante technique », dont les autres étoiles de son âge ne sont pas exempts.

Vif et gracieux, ses qualités techniques comme étoile ne sont évidemment pas l’objet de critiques, son interprétation connaît des débuts à fortune diverses : « assez caricatural » dans Caligula de Nicolas le Riche, juge Sophie Lesort à l’époque (on n’était qu’en 2005), il est finalement « béni par Vénus » comme chorégraphe dans un article d’Ariane Bavelier sur Bye Bye Venus en 2011, un spectacle « où la danse ne se donne pas comme virtuosité mais épouse les couleurs des sentiments qui passent entre les êtres ».

Or, cette « génération 75 » – formée à l’excellence et parfois à la dure – se démarque aussi par son attrait prononcé pour les formes et techniques contemporaines. Marie-Agnès Gillot a été la première étoile à être nommée après avoir dansé sur une pièce contemporaine. Tous ont accueilli avec intérêt Saburo Teshigawara ou Wayne Mc Gregor.

Peut-être pour comprendre cette génération vaut-il mieux d'abord passer par Saburo que par Noureev : « You have to forget in order to create » dit le chorégraphe japonais en 2013. Jérémie Bélingard revendique aussi cette transversalité et la recherche d'une forme de spiritualité technique dans la danse : « On est vraiment dans des sensations, dans des endroits et des coins qui n’ont pas été dépoussiérés depuis très longtemps, donc on va chercher dans ces coins obscurs des déséquilibres – on cherche au moins des sensations », expliquait-il du travail avec Saburo Teshigawara.

Ces mots résonne comme un cri du cœur, comme ceux lancés par Polina dans le film éponyme auquel J. Bélingard a participé – justement comme initiateur : « J’en ai assez d’exécuter bêtement les chorégraphies des autres! Je veux apprendre à regarder le monde! »

Pour Ariane Bavelier, « Bélingard, 35 ans, n'est pas à un paradoxe près : gueule cassée mais danseur étoile, chien fou mais d'ici à 10 jours père d'un deuxième fils avec Aurélie Dupont, ballerine à la grâce de cristal. Son crédo ? Vivre les hauts et les bas, et chercher l'absolu dans ces antipodes avec une rage égale ».

Formé à l'excellence classique et séduit par le contemporain, étoile du ballet et comète sur un parcours libre, bon élève : Jérémie Bélingard est-il un paradoxe, ou le représentant le plus actif d’une génération en de plus en plus coincée dans l'Opéra exclusivement ? Sans doute pas pour Aurélie Dupont, devenue maître de ballet, prête à transmettre "l'héritage". Pour Jérémie Bélingard, il y a certains indices : un soupir quand il doit retourner dans son « palais doré » après avoir travaillé avec les 5 danseurs de Bye Bye Venus ou un désir lorsqu'il évoque ses « kilomètres de chorégraphies » écrites depuis ses 6 ans, « je ne voudrais surtout pas créer pour l'Opéra de Paris. J'ai besoin d'horizons. [...] »

Cette génération d'étoiles, ouverte sur les techniques contemporaines, est loin d'être uniforme. Pour Jérémie Bélingard du moins, ces adieux marqueront-ils le début de la grande évasion?

X. M.

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