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Une sculpture d'aluminium et de fils de cuivre d'El Anatsui à la Art Paris Art Fair le 29 mars

Artistes contemporains d'Afrique : les ambiguïtés d'un "label"

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Depuis la fin de l'année dernière plusieurs événements exposent en France des artistes africains contemporains. Comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne, la France tente de se placer dans un marché foisonnant et devenu mondial. Qu'en retenir, au delà du label "art africain"?

Une sculpture d'aluminium et de fils de cuivre d'El Anatsui à la Art Paris Art Fair le 29 mars
Une sculpture d'aluminium et de fils de cuivre d'El Anatsui à la Art Paris Art Fair le 29 mars Crédits : Pascal Hausherr / Hans Lucas - AFP

Depuis quelques semaines Paris est le centre d’une intense activité autour de la scène artistique contemporaine en Afrique : 4 expositions importantes lui sont ou lui ont été dédiées jusqu'à ce printemps : "L’Afrique à l’honneur" à Art Paris Art Fair au Grand Palais, l’exposition de la Fondation Vuitton, "Le jour qui vient" dans l’événement « Africa Now » aux Galeries Lafayette ; et "Afriques Capitales" à la Halle de la Villette, et à Lille - donc 5 en fait, même 6 si l'on compte AKAA au Carreau du Temple fin 2016.

Cette série d’événements s’inscrit dans un contexte mondial favorable ces 10 dernières années pour l’exposition des artistes africains sur le continent – Martine Robert dans Les Echos le souligne bien – et dans le monde anglo-américain. Dans ce contexte, avec des dizaines d’artistes exposés, Paris donnera un bon aperçu de cette production, celle des grands noms : le sud-africain William Kentridge, le ghanéen El Anatsui (Lion d’or 2015, à Lille aujourd’hui), ou Chéri Samba (galerie André Magnin à Paris Art Fair), déjà à l’exposition "Beauté Congo" de la Fondation Cartier l’année dernière – notent Les Echos ; et celle de nouveaux venus : l’égyptien Youssef Limoud primé à Dak'art l’année dernière, le camerounais Pascal Martine Thayou dont les cabanes inversées sont un des clous de la Villette, ou Joël Andrianoméarisoa qui expose ses fanions noirs aux Galeries…

Cependant la France n’est pas tout à fait en pointe : D’une part il s’agit d’une session de « rattrapage », notent aussi bien le JDD que Le Monde « le continent oublié se rappelle au bon souvenir du marché de l’art » ; Paris a été le théâtre d’expositions remarquées mais épisodiques, Les magiciens de la Terre 1989, Africa Remix en 2005 au CP avant le renouveau actuel, alors qu’en Allemagne, en Grande-Bretagne surtout, le suivi a été plus continu dit au JDD Ann Marie Yemsi, commissaire de 2 expositions. La Foire « 1:54 » à Londres notamment – exportée à NY – est citée comme exemple par une partie de la presse ;

D’autre part la France aurait longtemps négligé voire méprisé cette production : Dans un long article du Monde intitulé « à la recherche de l’Art africain », Philippe Dagen écrit : « on dirait que l’institution considère qu’une exposition toutes les 2 décennies suffit. Quant au musée d’Art Moderne de la ville de Paris, il semble se désintéresser totalement de la question ». D’ailleurs ajoute Ann Marie Yemsi dans Libération « à la biennale de Dakar cette année on a vu les représentants de la Tate ou du MoMA venir en nombre. Il n’y avait quasiment personne des institutions françaises ».

Enfin, reste ce « questionnement embarrassant » soulevé par Philippe Dagen mais pas seulement : celui d’une stratégie de « défense et illustration » de cette production, qui oblige à faire des expositions labellisées : en témoigne pour lui les intitulés des expositions, y compris le nom de la Foire 1 :54 de Londres « Contemporary African Art »… « Au risque de faire croire à un essentialisme » : ce risque est-il réel ? « La France garde une approche très exotique de l’Afrique, très essentialiste, comparé à la Grande Bretagne, qui a une vision beaucoup plus contemporaine » dit un galeriste anonyme interviewé par Emmanuelle Lequeux dans Le Monde. Paris Art Fair a tranché en engageant une centaine d’artistes africains dans le salon Paris Art Fair, non sous une hypothétique bannière « Afrique » mais bien en leur nom. « contre l’exotisme et contre les clichées » dit Guillaume Piens, Commissaire général.

Pour vendre une production mal connue, sans doute faut-il lui donner une lumière plus forte, mais ce label peut nuire à la visibilité de l’artiste : exercice délicat. Faut il enfermer les artistes africains dans un label ? « C’est ridicule […] mais il faut être pragmatique et accepter un peu discrimination positive » répond Ann Marie Yemsi… Pour ce que vous avez-vu, cette exposition grandissante est-elle un bon moyen de "dés-exotiser" l’Afrique ?

X. M.

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