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2666 - Roberto Bolano - mise en scène de Julien Gosselin

Avignon : on chuchote dans le micro

11 min
À retrouver dans l'émission

Au festival d'Avignon cet été la vidéo et la sonorisation était omniprésentes dans les spectacles, posant la question de l'essence-même du spectacle théâtral.

2666 - Roberto Bolano - mise en scène de Julien Gosselin
2666 - Roberto Bolano - mise en scène de Julien Gosselin Crédits : Boris Horvat/ AFP - AFP

La plupart des spectateurs, qu’ils soient critiques ou pas, n’ont pas manqué de remarquer la très grande présence, pour ne pas dire omniprésence de la vidéo dans les mises en scène proposées par le IN cette année, les Damnés dans la Cour d’honneur, 2666 de Julien Gosselin, Tristesses de Cécile Vandalem pour n'en citer que trois. En réalité je ne pense pas que ce soit une observation très fructueuse d’un poitn de vue théorique, parce que ces spectacles sont très différents, et n’utilisent pas du tout la vidéo de la même façon, ni aux mêmes fins. Dans le cas des Damnés d’Ivo von Hove: on voit vraiment le dispositif sur scène, les cameramans sont hyper présents, il y a quelque chose de très assumé et d’exhibé, l’image filmée gène de mon point de vue l’appréhension de ce qu’il se passe sur scène, ce qui d’ailleurs est probablement le but. Dans 2666 mis en scène par Julien Gosselin pour donner un exemple très différent, la vidéo est utilisée au premier degré, elle est pour le spectateur un vrai moyen d’immersion dans la narration et notamment un soutien des très longs monologues qui constituent une grande partie du roman et du spectacle. Bref: la vidéo partout certes, mais employée de manière tellement différente qu’on ne peut pas je pense en dire grande chose de général.

En revanche, moins commentée et peut-être plus intéressante, est l’omniprésence de la sonorisation des voix: très peu de spectacles sans micro, même dans des petits espaces clos où elle n’est pas nécessaire d’un point de vue pratique comme la cour du Lycée Saint Joseph où sont données des petits formes devant une jauge réduite. 2066, l’Institut Benjamenta, Karamazov etc. Et là ça change à mon avis quelque chose de fondamental dans le rapport qu’entretiennent les spectateurs à la scène, même si c’est moins spectaculaire que la vidéo. Les comédiens peuvent chuchoter, les comédiens peuvent clamer pendant des heures sans s’épuiser, on entend toujours tout, même dans la Cour du Palais des papes ou à la Carrière Boulbon qui sont des lieux difficiles - ce n’est d’ailleurs pas toujours une mauvaise chose, je me souviens de spectacles où la fragilité vocale était très belle et faisait partie de l’émotion qu’ils provoquaient. Surtout ça change quelque chose au jeu et à ce que veut dire la performance théâtrale, le micro signe la fin des voix projetées, de la déclamation, l’emphase et le débit s’en trouvent modifiées, ressemblant à ce qui se fait au cinéma par exemple, et ce n’est pas du tout négatif dans ma bouche, on se rapproche de ce qui se fait par exemple dans le théâtre allemand. Bref peut-être une sorte d’aplanissement ou d’internationalisation du jeu dans un rapport à la mise en scène profondément modifié.

Intervenants
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