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La façade du Centre Pompidou à Paris, 2017

Beaubourg et l'"art occidental"

13 min
À retrouver dans l'émission

Alors que l'on fête cette semaine les quarante ans de l'inauguration du Centre Pompidou, retour sur les rapports de l'institution avec les arts d'ailleurs.

La façade du Centre Pompidou à Paris, 2017
La façade du Centre Pompidou à Paris, 2017 Crédits : Manuel Cohen / MCOHEN - AFP

Ça n’aura pas échappé à grand monde, le Centre Pompidou à Paris fête ses quarante ans puisqu’après cinq ans de travaux il fut inauguré le 31 janvier 1977. Beaucoup d’articles ont paru dans la presse, qui rappellent la dimension profondément radicale du projet à ses débuts, le caractère subversif de son architecture, mais aussi du fait même de dédier un lieu à la création contemporaine dans un musée. Dans Télérama Yasmine Youssi rappelle le choc d’une exposition en particulier, que d’ailleurs beaucoup citent en référence alors qu’elle avait à l’époque fait assez peu d’entrée, cette exposition c’est: "Les Magiciens de la terre" qui a ouvert à l’été 1989, juste avant la chute du mur, quelques temps après Tiananmen, en plein Apartheid, une exposition construite comme un dialogue entre cinquante artistes africains et asiatiques et cinquante américains et européens davantage exposés. Le commissaire en était alors Jean-Hubert Martin, qui dirigeait alors le Musée d’art moderne après s’être occupé des collections contemporaines. L’exposition avait demandé des années de travail, et impliqué plusieurs équipes envoyées dans les quatre coins du monde pour découvrir des artistes et les convaincre d’exposer. La démarche avait été vivement critiquée, à la fois d’un côté parce qu’une grande partie des spectateurs et des critiques étaient réfractaires à ce métissage, et de l’autre côté parce qu’elle mettait en oeuvre une méthode proche de l’ethnographie dont on jugeait qu’elle n’était pas exempte d’occidentalo-centrisme, voire de néocolonialisme. Par ailleurs elle avait coûté une fortune, demandé le soutien renouvelé et acharné du Ministère de la culture, et la participation importante de mécènes comme Canal . Par la suite, Jean-Hubert Martin aurait essayé de poursuivre ce travail de découverte en organisant plusieurs monographies d’artistes dits “du Tiers-Monde”, mais sans succès. Depuis aucune exposition au centre Pompidou n’a montré une telle ambition de recherche. Selon Yasmine Youssi le Centre Pompidou s’est largement fait distancer par les musées anglo-saxons, dans les années 1990. Il y a bien eu quelques sursauts dans les années 2000, avec notamment en 2005 "Africa Remix", une exposition déjà accueillie auparavant à Londres et à Düsseldorf, et qui exposait des artistes africains déjà bien installés dans le milieu de l’art contemporain. Il y a eu aussi le lancement d’un programme intitulé “Recherche et mondialisation” par Alain Seban en 2009, qui a permis l’acquisition d’oeuvres du sud-africain William Kantridge par exemple. Mais pour Yasmine Youssi il ne reste rien aujourd’hui au Centre Pompidou de ces initiatives d’ouverture, je la cite “A son arrivée au Mnam en 2013, Bernard Blistène est revenu à une histoire centrée sur l’art occidental”. En 2014, on avait célébré les 25 ans de l’exposition "Magiciens de la terre", avec un colloque notamment et la parution d’un ouvrage, démarche qui a eu le mérite de faire connaître cet événement majeur à une jeune génération, mais qui a peut-être aussi servi de caution non-occidentale à la programmation. Une manière de se dédouaner et de déjouer toute accusation d’occidentalo-centrisme. Qui il est vrai depuis quelques années, est très européenne et américaine et surtout pour ce qui est de l’art contemporain : Pierre Huyghe, Jeff Koons, Cy Twombly… Dans un art absolument mondialisé est-ce que c’est une question qu’on peut encore se poser, et est-ce un reproche que l’on peut faire au centre pompidou?

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Journaliste au Journal des Arts
L'équipe
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