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Dieudonné Niangouna joue dans "Sans Doute" de Jean-Paul Delore, au festival d'Avignon en 2013.

Colères autour du "focus Afrique" du Festival d'Avignon

13 min
À retrouver dans l'émission

Quelques voix se sont élevées après la conférence de presse de son directeur Olivier Py pour dénoncer la teneur de la programmation africaine de la 71ème édition du Festival.

Dieudonné Niangouna joue dans "Sans Doute" de Jean-Paul Delore, au festival d'Avignon en 2013.
Dieudonné Niangouna joue dans "Sans Doute" de Jean-Paul Delore, au festival d'Avignon en 2013. Crédits : BORIS HORVAT / AFP - Radio France

Olivier Py a détaillé il y a quelques jours le programme de la 71e édition du Festival d’Avignon qui ouvrira le 6 juillet prochain. Après une tonalité moyen-orientale l’année dernière, son directeur a dévoilé cette année un "focu"s Afrique, qui fait depuis débat. En cause: parmi les neuf spectacles qui constituent ce “focus”, quatre sont classés dans la catégorie “danse”, deux dans “indiscipline”, trois dans “musique” aucun donc dans la catégorie “théâtre" à proprement parler. Est-ce à dire qu’il n’y a pas en Afrique, de théâtre de texte? Plusieurs artistes s’en sont émus: le philosophe et dramaturge Jean-Louis Sagit Duvauroux qui regrette sur son blog l’absence de textes africains, notamment de ce théâtre d’autodérision africain si vivant et si nécessaire aujourd’hui selon lui. C’est surtout la voix de Dieudonné Niangouna, qui fut artiste associé au Festival lors de l’édition 2013 qui résonne le plus fort et le plus violemment, je cite un texte qu’il a publié sur sa page Facebook: “Inviter un continent sans sa parole est inviter un mort. C’est une façon comme une autre de déclarer que l’Afrique ne parle pas, n’accouche pas d’une pensée théâtrale dans le grand rendez-vous du donner et du recevoir ». Depuis personne n’ose vraiment réagir, Olivier Py n’a rien dit, apparemment pour ne pas jeter de l’huile sur le feu, certains metteurs en scène seraient selon Le Monde assez d’accord avec le coup de gueule de Dieudonné Niangouna mais sans accabler non plus la direction du Festival. On imagine en tous cas que les artistes africains qui ont accepté l’invitation, comme Serge Aimé Coulibaly ou Rokia Traoré ont certainement été ravis d’apprendre que leur art renvoie au cliché selon lequel, je cite toujours Niangouna “le Noir n’est que bruit, son et tam-tam”. Autant le focus est probablement matière à discussion, autant la critique qui induit une sorte de hiérarchie au sein du spectacle vivant, qui verrait le théâtre dit “de texte” comme un art supérieur par rapport à la danse, la musique ou la performance, est elle-même franchement problématique: une hiérarchie elle même extrêmement occidentalo-centrée et réactionnaire pour le coup dans un temps où on espérait que le décloisonnement entre toutes ces disciplines était chose acquise. Je cite pour finir la parole d’Eva Doumbia, l’une des initiatrices de l’appel à « décoloniser les arts » dans le spectacle vivant, citée par le journal Le Monde: « Dieudonné est en colère, je le comprends, mais le défaut de son texte est qu’il ne décortique pas le système historico-politique qui a conduit à cette situation. Le problème de cette programmation africaine, c’est que les spectacles ont été choisis sur des sentiers balisés de la francophonie, héritage du colonialisme. Cela dénote une méconnaissance du terrain." Une chose est certaine, cette petite polémique montre à quel point un focus africain n’est pas évident, à quel point les rapports artistiques entre Afrique et Occident sont tendus et toujours régis par la question coloniale. Et comme je suis un peu perverse, je dirais que je trouve ça assez intéressant dans une programmation qui réserve assez peu de surprises. Qu’en pensez-vous?

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