LE DIRECT
Un prix de la traduction à la Foire de Leipzig (2017), considéré comme un des trois plus importants en Allemagne, aucun au salon Livre Paris

Correcteurs et traducteurs négligés : y a-t-il des livres qui ne valent pas la peine d'être bien édités ?

14 min
À retrouver dans l'émission

Le 23 mars une quarantaine de traducteurs et correcteurs manifestaient devant le stand du SNE au salon Livre Paris. Ils étaient une quinzaine en novembre devant Drouant à la remise du prix Goncourt. Ils réclament une amélioration de leur conditions de travail et alertent sur la qualité des ouvrages.

Un prix de la traduction à la Foire de Leipzig (2017), considéré comme un des trois plus importants en Allemagne, aucun au salon Livre Paris
Un prix de la traduction à la Foire de Leipzig (2017), considéré comme un des trois plus importants en Allemagne, aucun au salon Livre Paris Crédits : Hendrik Schmidt / DPA - AFP

« Merci Patron de l’édition », chantaient les correcteurs et traducteurs en novembre devant le restaurant Drouant. En plein examen de leur revendications par l'Assemblée Nationale, ils profitaient de l'occasion pour renouveler leurs appels à des négociations avec les éditeurs. Correcteurs, traducteurs ces professionnels invisibles de la littérature, environ 4000, s'inquiètent depuis quelques années de la précarisation croissante de leur métier.

Ce qui est en cause notamment d’après Actualitté (citant le collectif des TAD), ce n’est pas que les demandes de traduction diminuent, elles représentent selon Le Monde 18 % des publications pour 22 % du chiffre d’affaire des éditeurs. C’est un problème industriel classique qui touche l’édition : elle externalise de plus en plus ses fonctions de corrections et traductions : les effectifs des services internes auraient fondu « a minima de 50 % en dix ans », et « les dinosaures en poste » ne peuvent être mis en surtravail. A contrario, il faudrait environ 6 livres par an pour vivre de son métier explique une correctrice interviewée il y a quelques jours par Actualitté, elle joint les deux bouts avec les aides du CNL et les bourses.

Résultat : des volumes d’heure et des revenus en baisse, et « le recours systématique au statut d’auto-entrepreneur » dit une correctrice. Même chose du côté des traducteurs : sur le site de la Société Française des Traducteurs figure depuis quelques jours un guide sur les droits des micro-entrepreneurs. « La précarisation des correcteurs se voit de plus en plus, autant dans les grands groupes comme Albin Michel et Hachette qu’au sein des petites maisons très à gauche qui brandissent le poing dès qu’il y a une cause un peu sociale » affirmait une manifestante devant Drouant.

Pour les livres eux-mêmes, le risque est que la qualité se dégrade dit Actualitté, citant le roman Millenium, objet de remarques de lecteurs, et évoquant des cadences de travail trop rapides pour bien faire. Dans un billet sur le site de l’ATLF en 2014 Edit Soonckindt évoquait « un phénomène Harry Potter, où les éditeurs français auraient été doublés par nombre de lecteurs français impatients de connaître la suite qu’ils ont alors acheté en anglais, puisqu’elle n’était pas disponible en français.» Aujourd’hui des sites de lecteurs méticuleux consacrent des pages entières aux erreurs de traduction dans Harry Potter. Plus largement, « je me suis aperçue que certains éditeurs faisaient parfois l’impasse sur l’étape de la correction alors que le surcoût occasionné par la relecture ne me semble pas prohibitif en regard de la qualité du produit fini », explique la correctrice pré-citée, qui travaille pour un éditeur breton.

Il faudrait nuancer distinguer : toutes les maisons ne sont pas réfractaires aux « bonnes pratiques », ni ne publient à la chaîne ; et la situation est différente pour les correcteurs et traducteurs. Les traductions, soulignait Le Monde le mois dernier, sont même parfois l’occasion de rééditions mises en valeur comme La montagne Magique chez Fayard par Claire de Oliveira, ou les traductions des éditions Actes Sud ou POL qui « mettent un point d’honneur à inscrire le nom du traducteur ». Plus récemment, c’est le cas aussi du Vieil homme et la mer – réédité par Gallimard et traduit par Philippe Jarowsky, qui en fait la préface en forme d’éloge et défense de la traduction. Pour l'AFP, « le résultat est stupéfiant. Le texte […] retrouve dans son dépouillement extrêment toute sa dimension héroïque et tragique. »

A côté de ces têtes de gondoles de la traduction, les livres sont-ils condamnés à être moins bien traduits et corrigés qu’avant ? Y a-t-il aussi des livres qui ne valent pas la peine (ou le coût) d'être bien édités?

X. M.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......