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Chorégraphie de la chorégraphe canadienne Crystal Pite "The second person" (2007 au festival de Marseille)

Danse: où sont les femmes?

11 min
À retrouver dans l'émission

La danse est jugée essentiellement féminine, pourtant les "hautes fonctions" du milieu restent majoritairement masculines...

Chorégraphie de la chorégraphe canadienne Crystal Pite "The second person" (2007 au festival de Marseille)
Chorégraphie de la chorégraphe canadienne Crystal Pite "The second person" (2007 au festival de Marseille) Crédits : AFP

Le sujet est apparu au détour d'un article du NY Times le 20 avril : une interview de 3 chorégraphes, Justin Peck, chorégraphe résident au NY City Ballet, Alexei Ratmansky, ancien directeur du ballet du Bolchoï et résident à l'American Ballet Theatre, et Christopher Wheeldon, indépendant qui a collaboré avec le Bolchoï et le NYC entre autres, autrement appelés les « Big Three ». C’est à ces figures majeures de la profession que la journaliste Roslyn Lucas demande au milieu de l’ITW : « pourquoi est-ce que la majorité des grands chorégraphes classiques sont des hommes ? ». Il est interessant de se pencher sur les réponses des trois chorégraphes : pour Peck, il faut encourager les jeunes femmes à explorer cette « part chorégraphique de leur cerveau »… Pour Wheeldon, « il n'y a pas de mysogynie dans ce travail, les directeurs « recherchent la diversité et adoreraient présenter le travail de femmes chorégraphes »... Seul Alexei Ratmansky semble tenir compte du fait qu'il existe des femmes chorégraphes actuellement appréciées comme Crystal Pite, Jessica Lang, Annabelle Lopez Ochoa ; et de citer aussi les pionnières de la danse moderne Martha Graham et Nijinksa. Anecdotique ? Cette simple question relaie une série d'articles et d'interrogations aux Etats Unis et au Royaume Uni depuis des années au sujet de la place des femmes chorégraphes. En 2009 en GB Dance UK et Dance Umbrella lançaient l'opération « Where are the women », un débat public qui demandait pourquoi une profession qui emploie tant de femmes se retrouvait mise en avant par des grands noms masculins comme Akhram Khan, Wayne Mc Gregor et Christopher Wheeldon : « alors que la scène de la danse contemporaine explose, pourquoi toute l'attention se porte sur les chorégraphes hommes ? » demandait le Guardian (« Vanishing pointes »), « Bien qu'il y ait des dizaines de femmes chorégraphes, peu accèdent à la production de spectacles à grand échelle comme le font leurs collègues masculins ». Même constat réitéré par le NY Times, qui cite le NY Ballet Theater, le London Royal Ballet, le Bolshoi, l’American Ballet Theatre : ces derniers ne présentaient à leurs programmes qu’un ou aucun spectacle de femmes chorégraphes en 2016 ! Même chose du côté des compagnies privées, sur 59 répertoriées en 2009, huit seulement sont dirigées par des femmes! S'ensuit une série d'interrogations : Sexisme ou problème spécifique à la profession ? Choix artistique délibéré des femmes chorégraphes ou situation subie ? Le débat est réel concernant cette génération post-moderne de la danse alors même que l’expo Elles au Centre Pompidou en 2009 avait montré la place centrale des chorégraphes femmes aux débuts de la danse moderne : Américaines et allemandes.

En France, le tableau pourrait paraître plus contrasté mais… dans un entretien à l’AFP en avril, Blanca Li faisait part de son étonnement, même de son exaspération, de voir qu’une fois les grande figures disparues, on ne gardait en tête que Carolyn Carlson. De plus « la plupart des directeurs de centres chorégraphiques sont des hommes » Il est vrai que quelques femmes de la NDF comme Mathilde Monnier dirigent des CCN.

Aussi, certaines grandes figures internationales sont toujours prisées des grandes institutions, comme Robin Orlyn à la Bastille en novembre dernier, ou Lisbeth Gruwez en 2015 pour danser sur Bob Dylan.

Par contre dans les Festivals de danse contemporaine, la domination des chorégraphes hommes est assez large : 4 créations de femmes sur 31 spectacles à Montpellier Danse : Lucinda Childs, Mathilde Monnier, Nadia Beugré et Marie Chouinard. Remarquons tout de même qu’au Festival d’Avignon 2017, sur 10 spectacles de danse, 5 seront chorégraphiés par des femmes de la génération post-moderne : un exemple (trop rare) de parité. Avec les Rencontres chorégraphiques de Seine St Denis, programme aussi des femmes pour qui (selon Anie Mathieu sa Dice) « le féminisme est un credo, la matière même de leur travail, elle ne font aucune concession là-dessus ». Sans évoquer dans le détail la danse patrimoniale, il est cependant intéressant de constater que là les femmes ont plus de pouvoir: avec par exemple Béatrice Masson pour le baroque, ou Aurélie Dupont pour le classique : 2 des principaux domaines, assez classiques, où il est devenu acceptable et habituel qu’ils soient tenus par des femmes…

Nelisiwe Xaba, jeune chorégraphe trentenaire sud-africaine d’ajouter, « certains hommes ont l'impression qu'ils ne sont pas devenus chorégraphes tant qu'ils n'ont pas montré leur tablette de chocolat au public » . Alors la chorégraphie est-elle un concours de T Shirt Mouillé ?

Plus sérieusement, la faible proportion de places faites aux femmes dans les domaines de direction artistique ou institutionnelle, est-ce un problème spécifique à la danse contemporaine ?

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