LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Jean Bellorini en 2014

Des romans énormes sur scène

12 min
À retrouver dans l'émission

Cette rentrée théâtrale voit fleurir sur les scènes des adaptations de romans mythiques et gigantesques: comment travaillent les metteurs en scène?

Jean Bellorini en 2014
Jean Bellorini en 2014 Crédits : JACQUES DEMARTHON / AFP - AFP

J’ai un ami qui travaille régulièrement avec une compagnie de théâtre. Il y a deux ans environ ils avaient décidé de monter un grand roman russe, Les Frères Karamazov, quand il m’en a parlé, comme je suis quelqu'un d'extrêmement scolaire qui adore les catégories, je me suis dit “c’est un travail de dingue sur le texte, c’est une idée absurde, en plus c’est un texte extrêmement abstrait avec des niveaux de lecture à n’en plus finir”. Bref n’importe quoi. Quelques mois plus tard l’ami en question à qui de je demande des nouvelles du projet, un peu ironique, me dit “non mais on a laissé tomber, Bellorini est déjà dessus”.

De fait en cette rentrée théâtrale pas moins de deux Karamazov ont éclos, celle de Jean Bellorini donc qu’on a pu voir à Avignon cet été, et celle de Frank Castorf. En ce moment se joue aussi 2666 par Julien Gosselin, on en parlera ici-même la semaine prochaine, l’adaptation d’un roman de Roberto Bolano, 1353 pages. Dans quelques instants il sera question de Réparer les vivants, d’après le roman de Maylis de Kerangal, et puis dans quelques semaines on pourra voir Les Français une adaptation libre de La Recherche du temps perdu par Krystof Warlikowski. Carrément. .

Fleurissent donc les grands œuvres narratives sur scène, et ce que ça implique de travail préalable sur des textes pas initialement faits pour le théâtre. Les metteurs en scène s’en sortent diversement: coupures dans le texte - évidemment -, multiplication des niveaux de parole: dialogues, longs monologues qui prennent en charge le récit et sa temporalité, quand il n’y pas un narrateur sur scène, on a aussi parlé ici même aussi du soutien de la vidéo qui n’est pas sans lien avec le choix de textes touffus. Il y a de toutes façons, dans tous les cas un travail particulier sur le texte, travail qui reste relativement inaccessible au spectateur, mystérieux, assez fascinant, d’autant plus s’il n’a pas lu le roman. Autrement dit le travail proprement dramaturgique. Jean Bellorini a fait ce travail lui-même, avec un des comédiens de sa troupe. Julien Gosselin a travaillé seul sur le texte, comme il l'avait déjà fait pour son précédent spectacle, déjà une adaptation de roman, en l'occurrence Les Particules élémentaires. En Allemagne tout bon metteur en scène a son dramaturge comme on dit, Kastorf a travaillé avec Sébastien Kaiser, Thomas Ostermeier par exemple ne monte rien sans Peter Kleinert. Les Français eux se coltinent ce travail littéraire dans l’intimité, selon cette tradition très française du metteur en scène roi, qui de la rature sur la page jusqu’aux plus techniques éléments de scénographie, sont maîtres de tout. Lorsque le texte est aussi peu instinctivement théâtral qu’un énorme roman 19e, c’est risqué.

Pour en revenir à mon ami du début, celui qui, justement en bon dramaturge devait travailler Les Frères Karamazov, il travaille finalement sur.. La Mouette.

Bibliographie

Les Frères Karamazov, volume 1Fiodor DostoïevskiActes Sud, collection Babel, 2002

2666

2666Roberto BolañoChristian Bourgois. Collection Littérature étrangère, 2008

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......