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Stylo plume

Des tics dans la fiction

10 min
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Depuis quelques années, les cours d'écriture fleurissent à l'université et dans des ateliers privés. Est-ce que ça se sent à la lecture ?

Stylo plume
Stylo plume Crédits : Peter Ginter / Bilderberg - AFP

Il y a quelques semaines, nous parlions ici d’un roman d’Akhil Sharma intitulé Notre famille, publié en 2015, et récemment paru en livre de poche. Vous étiez présent Florent Georgesco et vous avez fait remarquer qu’Akhil Sharma, romancier américain d’origine indienne avait été élève d’un cours de creative studies, qu’il était lui-même aujourd’hui enseignant dans ce domaine, et que ça se sentait dans son écriture et dans la manière dont il avait construit son récit. Alors qu’est-ce que c’est, les creative writings? C’est d’abord une tradition américaine, bien implantée dans les universités, et surtout les plus prestigieuses, la classe la plus connue et la plus recherchée étant sans doute celle de l’université de l’Iowa, où a été fondé en 1897 un premier atelier pour apprentis poètes, et qui peut se vanter d’avoir 17 prix Pulitzer parmi ses anciens élèves. Aujourd’hui en France, où la culture est plutôt récalcitrante à l’endroit d’un apprentissage de l’écriture, les tabous tombent. Il y a d’abord eu les cours privés ils existent depuis déjà plusieurs décennies, comme le cours Elisabeth Bing, qui s’adressent plutôt à des personnes qui ont dépassé la quarantaine, beaucoup de femmes en l’occurrence. Et depuis quelques années les cours de création littéraire ont trouvé leur place à l’université, à Paris VIII par exemple, au Havre, ou encore à Toulouse. Dans ces trois cas de figure il s’agit de masters tournés vers l’écriture de fiction, avec des cours prodigués par des professeurs et moultes interventions de grands écrivains. Aux Etats-Unis un certain nombre de grands voire de très grands noms de la littérature ont pris des cours de creative writings, c’est le cas de John Irving par exemple ou de Philip Roth. En France c’est encore un peu frais pour avoir créé des grands noms, et on constate que les jeunes écrivains qui ont émergé ces dernières années ne viennent pas de là. En revanche un certain nombre de professeurs de creative writings publient régulièrement, Vincent Message ou Olivia Ronsenthal. Olivia Rosenthal qui déclarait dans un article de l’Humanité il y a quelques années “la littérature est un art comme les autres. On vit encore sur l’idée romantique du talent inné. Moi-même, je n’ai pas appris dans une université, j’ai travaillé seule, en perdant beaucoup de temps”. Les partisans de cette pratique et de cet enseignement se défendent de tout esprit de formatage, pour autant, il semble que ça ne soit pas si facile pour un écrivain français de revendiquer cette formation une fois le graal de la première publication atteint. Médiapart cite l’exemple de Dalibor Frioux, à qui son éditeur au Seuil avait demandé d’arrêter de dire à la presse qu’il avait écrit ses romans dans le cadre d’ateliers privés. Dans cette même enquête parue en 2016 le journaliste de Médiapart concluait au succès de ces ateliers et aux gains de temps et d’argent pour les écrivains et les éditeurs, et demandait finalement “et le lecteur, lui, qu’a-t-il à y gagner? Nul ne le sait encore”. Est-ce que vous, vous sentez déjà dans la littérature française l’effet de cette évolution, et si oui à quoi est-ce qu’on la détecte dans l’écriture?

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