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96 expositions réparties sur 32 communes, en Île de France, principalement au Nord et à l'Ouest

Développements : le mois de la photo s'étend, la précarité des photographes aussi ?

14 min
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Cette année, le Mois de la photo s'étend pour coïncider avec le projet du Grand Paris : reflet de son succès, de celui des expositions photographiques en France, et d'une perception positive des municipalités. Pourtant le soutien de l'Etat manque toujours, réaffirment certains professionnels.

96 expositions réparties sur 32 communes, en Île de France, principalement au Nord et à l'Ouest
96 expositions réparties sur 32 communes, en Île de France, principalement au Nord et à l'Ouest Crédits : le Mois de la Photo

A presque 40 ans d'existence, la biennale du Mois de la Photo collera cette année au projet urbanistique du Grand Paris : de 70 expositions habituellement, la manifestation passe à 96, réparties sur 32 communes. « La découverte photographique printanière ira de pair avec la découverte printanière du grand Paris et de ses lieux culturels » avertissent Les Inrocks. Pour l’occasion l'événement a été reculé de 6 mois.

Outre les expositions déjà lancées qui s’inscrivent dans l’événement, à Paris intra muros, à la Maison Rouge ou au Jeu de Paume, la biennale s’est adjoint les conseils de François Hébel, ancien directeur des Rencontres d’Arles, comme Dr artistique, pour labelliser ces dizaines d’expositions individuelles ou collective, du Val de Marne, aux Hauts de Seine. Télérama nous en donne un aperçu en parcourant 7 d’entre elles : dans ce « monde de contrastes », l’Europe, l’urbanisme, et les parcours individuels singuliers restent des constantes de la manifestation. En raison de son caractère inédit, les expositions se font souvent dans des lieux non conçus pour l’accrochage, même si les institutions de banlieue comme les Archives Nationales de Pierrefite ne sont pas oubliées du parcours.

On peut parier sur un nouveau succès pour cette biennale : de 80 0000 visiteurs en 1980, le Mois de la photo est passé à 500 000 en 1992. Difficile de trouver les derniers bilans, mais pour la seule MEP (Maison Européenne de la Photographie) par exemple, 200 000 visiteurs l'ont visitée en 2015.

La photographie en région semble aussi susciter un intérêt croissant : De Midi Libre au Dauphiné en passant par Le Télégramme, la presse régionale ne manque pas l’occasion de souligner le succès d’une exposition, ou les nouvelles implantations : les clichés du niçois Raph Gatti constitueront l’exposition inaugurale de l’ancien bagne de Nice.

Mais cette situation florissante contraste avec celle décrite dans une lettre ouverte de plus de 35 agences et collectifs de photographes dans Libération en février dernier : « la photographie française étouffe » : outre le long contentieux avec la presse pour obtenir des paiements dans les délais légaux, les signataires demandent un engagement étatique plus marqué : « Notons que s’il existe des institutions œuvrant pour la photographie, la France n’a jamais développé de politique publique spécifique, de valorisation de ses auteurs photographes en activité », écrivent-ils : pas de politique dédiée, pas de financement ou d’institution pour la création. Ils citent le Musée Nicéphore Niepce qui perd consécutivement 25 % de ses financements ces deux dernières années, problèmes qui outre le soutien limité de la ville, « n’ont pas suscité non plus de réaction de la part de l’Etat »…

Le Musée semble sauvé mais ça et là la presse se fait l'écho de situations similaires, de fragilités financières récurrentes : c'est le cas du festival Images Singulières de Sète « rendez-vous qui se distingue dans le maquis des festivals photos » (Magali Jauffret dans L’humanité) et qui s’inquiétait de sa pérennisation par le maire local. Pour l'été 2017 il sera toujours là, avec 60 000 visiteurs par édition. Plus préoccupante semble la situation du Festival « L'Eté photographique » à Lectoure dans le Gers, plutôt réputé (Beaux Arts Magazine s'y intéresse de près) mais situé dans une commune de 4000 h, pour un public de 4000 h. Il est en conflit avec la DRAC depuis 2015, Le Monde y consacre deux articles ; aux dernières nouvelles, il aurait étendu ses activités aux élèves alentours et chercherait des mécènes.

Deuxième reproche fait par les professionnels de la photographie : il est fait à l’ensemble du système : la gratuité, argument de vente « de nombreux festivals ou de lieux dédiés », corrélée avec l’absence de rétribution pour le photographe : « Aujourd’hui nous risquons de devenir le parent pauvre de la photographie », prévient le communiqué des professionnels, rappelant la période prestigieuse des agences Magnum (dont François Hébel a été le directeur), Gamma ou Sygma, toutes revendues ou disparues entre les années 2000 et 2010. « Nous demandons à l’Etat et au ministère de la Culture de sortir de leur silence et d’assurer leur rôle d’arbitre et de vigie d’une industrie culturelle foisonnante et précieuse », concluent-ils.

Une fois passées les réussites presque prévues des Rencontres d’Arles, de la nouvelle fondation LUMA (à Arles également), du Mois de la Photo ou de Visa pour l'Image à Perpignan, la photographie en France ne peut-elle compter que sur quelques bonnes volontés passionnées et son public pour se pérenniser - plus que sur les institutions ? Finalement, le succès public et la gratuité sont-ils aujourd'hui les cache-misère de la photographie française ?

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