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Roger Martin du Gard - les Thibault

Ecrire la France

11 min
À retrouver dans l'émission

La littérature est-elle en train de se ré-emparer de la société française?

Roger Martin du Gard - les Thibault
Roger Martin du Gard - les Thibault

Il y a quelques jours a paru dans l’Express un article sur ces écrivains qui “réécrivent la France”. Les deux journalistes Alexis Lacroix et Baptiste Liger partent d’un constat, selon lequel pendant longtemps la littérature française s’était détournée de la France - entendons les questions de société ou de politique qui touchent notre pays. On imagine qu’ils pensent au "Nouveau Roman", ou plus largement à un vaste mouvement qu’on peut remonter après les grands écrivains naturalistes de la fin du 19e siècle, et qui voit le roman français se détacher de la représentation du réel pour faire vite. Quoiqu'il en soit cette période serait désormais révolue, et l’article cite un certain nombre d’écrivains qui écrivent la France aujourd’hui, en prenant surtout deux exemples qui représentent selon eux cette évolution et qui ont paru en janvier dernier Aurélien Bellanger qui signe chez Gallimard Le Grand Paris, et Yann Moix qui signe Terreur chez Grasset. Ce n’est pas le premier roman qu’Aurélien Bellanger ancre profondément dans le territoire français, il raconte lui-même qu’il parcourt le pays, souvent à vélo, pour trouver l’inspiration. Dans ce roman il prend à nouveau appui sur des personnages et des contextes bien réels et archi-contemporains - en l’occurrence les évolutions géographiques et urbaines de l’Ile-de-France, et se coltine donc la question épineuse de l’intégration des quartiers difficiles; l’article remarque un héritage balzacien déjà bien repéré dans le style et la manière de construire un récit d’initiation chez Aurélien Bellanger, et fait du roman une sorte d'Illusions perdues du 21e siècle.

Pour les journalistes de l’express le livre de Yann Moix commence précisément là où s’arrête le roman d’Aurélien Bellanger, c’est-à-dire que dans Terreur le sujet géographique est d’emblée politiquement très marqué, puisque thèse il y a et que cette thèse est que nous demandons aujourd’hui aux étrangers, aux désintégrés d’aimer un pays que nous même n’aimons pas - je ne sais pas bien qui est le “nous” auquel Yann Moix fait référence. L’article cite aussi l’Homme des bois de Pierric Bailly donc vous avez dit ici le plus grand bien il y a quelques semaines, un livre écrit selon les termes même de son auteur, “sur la campagne d’aujourd’hui”, et L’Abandon des prétentions de Blandine Rinkiel, dont l’héroïne est une professeure à la retraite dans la banlieue de Nantes.

Pour expliquer ce retour de la France en littérature, l’article livre quelques hypothèses fugaces, l'héritage houellebecquien, un “vaste doute lancinant” je cite qui assaillirait les Français quant à la consistance même de la chose française, mais il s’arrête au seuil de la question véritablement intéressante: quel est le signe de ce retour de la réalité française dans la littérature des années 2010? Est-ce qu’on peut parler d’une nouvelle école esthétique? Est-ce que ça correspond à une demande du public? Est-ce la fin d’un complexe d’écrivains qui n’osaient pas revenir à un propos réaliste longtemps jugée suranné?

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