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Festivals de Musique : vers une programmation normalisée?

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Hellfest indépendant contre festival Download nouvellement créé : l'opposition entre les modèles semble claire, accentuée par l'affirmation de nouveaux acteurs privés dans les festivals musicaux en France. Récupération commerciale, oui : faut-il aussi parler d'une mise en coupe de la programmation?

Alors que 80 % des festivals ont lieu entre juin et fin août un article d’Europe 1 met en regard deux festivals rock importants en France : le Hellfest et le tout nouveau Download importé de Grande Bretagne directement dans l’Essonne. Si le Hellfest a mis 10 ans pour franchir les 100 000 spectateurs, le Download l’a fait dès sa première édition. La différence : le Hellfest est indépendant, le Download est créé par Live Nation, le plus gros fournisseur de concerts au monde « Derrière ce duel c’est la recomposition du secteur des festivals qui apparaît entre grosses machines calibrées pour plaire et manifestations indépendantes qui tentent de résister. » Est-ce « la fin de l’indépendance » ?

La question peut se poser « alors que se dessine cette année une nouvelle cartographie des festivals musicaux dans notre pays » (Olivier Nuc dans Le Figaro, 18 avril) : cartographie redessinée par Live Nation (et AEG Presents) se concentrent sur le spectacle vivant : 85 festivals dans le monde, a acheté le Main Square Festival en 2007, la fréquentation a été multipliée par 3,5 en 10 ans. Outre le Download en 2016, Live Nation créé en 2017 le Festival Lollapalooza ; Angelo Goppi, le directeur général de Live Nation France explique : « Le rachat du Main Square en 2007 nous a permis d'engranger de l'expérience. Le Lolla et le Download étaient dans des cartons depuis plusieurs années mais il nous manquait encore l'expérience nécessaire pr que les gens puissent avoir un festival de qualité ». A ces créations s'ajoute l'extension du festival Rock en Seine récemment racheté par Mathieu Pigasse 15 ans après sa création : « en s’intégrant de LNEI, Rock en Seine bénéficiera de moyens renforcés ».

Le paysage se charge et l'économie se concentre : « Parmi les 11 plus grands événements de musique actuelle de France, cinq peuvent encore être qualifiés d’indépendants » dit Europe 1 : ceux qui sont gérés par des associations, les autres sont des créations de grands groupes, ou organisés par des agences spécialisées comme Morgane Prod. Benjamin Barbaud le directeur du Hellfest oppose clairement des investissements français « soutiens » à « des événements en difficulté » à la stratégie prédatrice (« volonté hégémonique ») de Live Nation.

Il faut dire que la tendance est au renchérissement, et que le budget de la plupart des festivals est de 3 à 6 M d’euros : des festivals qui subissent le « 2ème effet crise du disque » avec des artistes qui veulent se rattraper sur les concerts de la baisse des revenus issus des ventes de disque. Les soupçons montent.

Pourtant en ce qui concerne le Lolla, avec 60 000 spectateurs dont 15 000 en région parisienne, « ce n’est pas avec avec ça qu’on va vampiriser Rock en Seine » dit Angelo Gopee, Directeur Général de Live Nation « On veut que les gens puissent voir les artistes qu’ils connaissent. Mais ce n’est pas parce qu’il y a des têtes d’affiches internationales dans nos festivals que la programmation est standardisée. » Il promet des découvertes au Lollapalooza, comme Walk off the hearth, petit phénomène Youtube quand même. « Contrairement à ce que j’entends, nous ne payons pas plus cher les artistes pour les accaparer » - même si à 76 euros par jour, il peut se permettre de faire venir les Red Hot Chili Peppers.

De plus « la question de la hausse des cachets des artistes français se pose pour tous les festivals » dit Boris Vedel dans _La Croi_x. Et le Hellfest associatif est un des plus chers à la journée, 92 euros, 2 à 3 x plus que les autres habituels ; mais c’est une machine qui marche, le public vient aussi pour le spectacle et un million de bières sont consommées chaque année. Tous ne sont pas forcément dans cette course, les trois festivals les plus fréquentés sont encore des indépendants ; mais « c’est dans les années qui viennent que la différence va se marquer davantage » dit Jérôme Tréhorel le directeur des Vieilles Charrues au Figaro dont le budget artistique est passé de 1,7 à 4 M d’euros « en qqes années » : « C’est le public que va réguler ». S’il y a une concentration économique indéniable et des risques pour l’indépendance, cela se traduit-il déjà sur la scène ?

X. M.

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