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Appareil pour l'enregistrement par le phonographe d'un morceau de piano, une invention de Thomas Alva Edison (1847-1931). Gravure in "La Nature. Revue des sciences et de leurs applications aux arts et a l'industrie", 1889. ©Lee/Leemage

Graver ou ne pas graver telle est la question

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Certains musiciens sont extrêmement réticents à l'idée de passer en studio et enregistrer des programmes qu'ils estiment superflus ou carrément inutiles.

Appareil pour l'enregistrement par le phonographe d'un morceau de piano, une invention de Thomas Alva Edison (1847-1931). Gravure in "La Nature. Revue des sciences et de leurs applications aux arts et a l'industrie", 1889. ©Lee/Leemage
Appareil pour l'enregistrement par le phonographe d'un morceau de piano, une invention de Thomas Alva Edison (1847-1931). Gravure in "La Nature. Revue des sciences et de leurs applications aux arts et a l'industrie", 1889. ©Lee/Leemage Crédits : LEEMAGE - AFP

Ce qu’on entend là c’est un extrait de l’”Album pour enfants” de Tchaikovsky par la pianiste Elena Bashkirova qui sort ces derniers jours un album rare. En effet Elena Bashkirova est une grande pianiste, elle donne de très nombreux concerts dans le monde entier, ne rechigne pas à se produire dans les grandes salles ou à la radio. Mais cet album est un événement, car Elena Bashkirova n'enregistre quasiment jamais rien. Si on veut l’entendre il faut donc l’entendre dans les salles où elle se produit.

De nombreux artistes sont extrêmement réticents à graver des albums. Certains n’aiment pas l’exercice du studio, et considèrent qu’ils ne sont bons qu’en situation de concert. Une manière de revendiquer la musique comme événement, voire comme cérémonie, ce qui a des implications très concrètes dans la manière dont on l’écoute : dans un cadre collectif, et non pas dans l’intimité de sa chambre ou de son salon.

Ce n’est pas exactement ce que dit Elena Bashkirova quand on l’interroge sur cette rareté. Ce qu’elle exprime elle, c’est une sorte de lassitude: à quoi bon rajouter une enregistrement à une discographie déjà fournie? Qui écoute tout ça? Est-ce qu’on en a vraiment besoin? Une lassitude que relaient aujourd'hui de nombreux artistes, je me souviens par exemple d’une conversation avec le chef Emmanuel Krivine, qui se pose les mêmes questions, et qui a accepté de passer en studio pour une intégrale Beethoven avec son orchestre, la Chambre Philharmonique, parce qu’il estimait que le son proposé par son ensemble était suffisamment différent - il joue sur instruments d’époque pour que le disque soit “utile”. Mais il tenait à peu près le même discours: à quoi ça sert d’enregistrer Beethoven après Furtwängler? On peut rétorquer d’abord qu’il n’y a pas que Beethoven et l’intérêt de certaines parutions discographiques tient parfois à la découverte de répertoires oubliés ou inconnus, ce à quoi se consacrent certaines maisons, je pense au Palazzo Bru Zane, qui fait paraître régulièrement des objets à la fois disques et livres, grâce auxquels on entend des œuvres ou des compositeurs presqu’inconnus.

Mais il y a aussi des possibilités de proposer des versions fondamentalement différentes, auquel cas la sortie d’un album est un événement. Je pense à l’enregistrement des Noces de Figaro sous la baguette du chef grec Teodor Currentzis. Les Noces, il doit y en avoir bien cinq cent versions. Lui dans l’album donne à entendre quelque chose de tout à fait différent de la partition mozartienne: un son très particulier qui doit beaucoup aussi justement aux conditions d’enregistrement, des timbres de voix inédits, un rythme particulier, une intensité qui renouvelle vraiment l’écoute. Son interprétation de Don Giovanni doit paraître dans les semaines qui viennent - personnellement je l’attends comme on attend d’écouter quelque chose qu’on a jamais entendu.

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