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La couverture du livre de Kaoutar Harchi

Je n'ai qu'une langue ce n'est pas la mienne

12 min
À retrouver dans l'émission

C'est une citation de Derrida mais aussi le titre d'un essai passionnant de Kaoutar Harchi paru en août dernier sur les écrivains algériens de langue française.

La couverture du livre de Kaoutar Harchi
La couverture du livre de Kaoutar Harchi

La gageure ce soir c’est de résumer en quelques minutes un essai que j’ai trouvé passionnant, qui s’appelle Je n’ai qu’une langue ce n’est pas la mienne paru chez Pauvert il y a quelques mois, et qui m’a aidé à penser des choses que j’avais déjà évoquées il y a quelques semaines dans le Petit Salon, à savoir la manière dont l’institution littéraire française considère la littérature non française écrite en français.

Alors l’auteur, Kaoutar Harchi est romancière et sociologue, le titre Je n’ai qu’une langue ce n’est pas la mienne est emprunté à Derrida, et c’est de la littérature algérienne en langue française qu’il s’agit. Surtout elle entend remettre en contexte politique et social la question de la valeur littéraire, réfutant la thèse très française selon laquelle la littérature ne serait affaire que d’inspiration. C’est un préalable important, et qui repose sur un parti pris idéologique d’emblée assez fort : la création littéraire et sa réception de sont pas exemptées des conditions de domination. Surtout lorsqu’il s’agit de la littérature algérienne en français, confrontée au contexte postcolonial.

Pour étayer sa réflexion Kaoutar Harchi développe cinq « cas » : Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud et Boualem Sansal. Elle s’attarde d’abord sur leurs biographies, sur leurs liens avec l’histoire algérienne, la langue française, la langue arabe, leurs rapports divers à la littérature, pour finalement analyser la manière dont ils s’inscrivent dans a littérature française, entendue comme système de valeurs et d’institutions éminemment marquées par la pensée post coloniale, et désormais la question islamiste. Ce qui est intéressant surtout c’est qu’elle montre une évolution chronologique dans ces stratégies, à mesure que la guerre d’indépendance s’éloigne, et voit, globalement, un passage de l’utilisation du Français comme révolte chez un Kateb Yacine par exemple, qui utilise paradoxalement le Français comme une revendication d’indépendance vis-à-vis du colon, à une forme d’assimilation, d’adaptation de l’écrivain algérien à ce que la France entend faire de lui. De ce point de vue le chapitre consacré à Kamel Daoud, qui reprend chronologiquement toutes les déclarations et les polémiques dont il a fait l’objet notamment en 2014 lorsque son roman Meursault contre-enquête était sélectionné au Goncourt, est assez passionnant, et pointe assez cruellement la manière dont la critique, les médias, les éditeurs, le Goncourt, ont façonné le roman et la pensée d’un écrivain prêt à beaucoup pour devenir un « écrivain français ». De ce point de vue le portrait que dresse Kaoutar Harchi de la France littéraire, de ses élites parisiennes, de ses journalistes, est dur. Je me demande comment vous, critiques, l’avez appréhendé.

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