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Alexandre Bloch dirige l'orchestre de Lille le 29 septembre dernier

Jouer "français"

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A l'heure où les musiciens se forment dans le monde entier, où les instruments et les répertoires circulent, existe-t-il quelque chose comme une identité nationale musicale?

Alexandre Bloch dirige l'orchestre de Lille le 29 septembre dernier
Alexandre Bloch dirige l'orchestre de Lille le 29 septembre dernier Crédits : PHILIPPE HUGUEN / AFP - AFP

Le 21 septembre dernier sur France Musique, le chef d’orchestre Stéphane Denève était invité pour parler entre autres de deux concerts donnés à la tête de l’Orchestre national de France. Au programme entre autres: Milhaud, Saint-Saëns, Poulenc. Répertoire français, donc. Stéphane Denève remarque alors au micro de Lionel Esparza: les musiciens mettent parfaitement en oeuvre l'esprit français”.

J’avoue ne jamais avoir nettement saisi ce qu’était l’esprit français. Je me souviens d’une conversation avec un autre chef, Michel Plasson, spécialiste de musique française, qui a dirigé de très nombreux opéras français, et qui regrettait - un peu à l’inverse de Stéphane Denève - que les musiciens français ne soient pas formés, et donc pas bons, dans le répertoire de la musique française. En l’occurrence il parlait surtout des chanteurs.

Qu’est-ce que ça veut dire l’esprit français? En particulier: Est-ce qu’il existe une manière française pour les orchestres ? A l’heure où les musiciens se forment un peu partout, ont des professeurs de différentes nationalités, on peut douter de la permanence d’une telle identité musicale. Quoique. Certains chefs évoquent cet esprit français, moins d’ailleurs pour décrire une manière de jouer, qu’une manière de se comporter, de supporter l’autorité, et en général ce n’est pas très louangeur. Marc Minkowski par exemple, qui n’est pas particulièrement connu pour être tendre avec les interprètes qu’il dirige remarquait “ En France on est dans un esprit de contestation permanent”. Stéphane Denève lui-même en avait fait les frais lui qui avait été débarqué pendant une répétition houleuse à l’opéra de Paris, et qui avait alors décidé d’aller voir ailleurs. Il revient en France après des années d’absence. Alors est-ce qu’un orchestre qui joue français, c’est un orchestre qui joue un répertoire français? Dans ce cas de n’importe quel orchestre de n’importe quel pays sachant jouer Poulenc ou Saint-Saëns émanerait l’esprit français. Ça supposerait une cohérence stylistique du répertoire national. Ce n’est pas exactement ce que dit le chef Denève qui évoque lui une alchimie spécifique entre les musiciens et un répertoire qui leur serait plus familier car compatriote. Dernière hypothèse, est-ce qu’un orchestre français, c’est un orchestre qui joue sous la baguette d’un chef français? Force est de constater de ce point de vue la rareté des chefs français à la tête des grandes maisons: en dehors de Casadesus à Lille, qui d’ailleurs va être remplacé par un jeune français, Alexandre Bloch, et Krivine nommé il y a peu à Radiofrance, peu de chefs français. Alors, à supposer qu’il existe, à quoi tient donc cet esprit français?

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