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Une sculpture d'Anish Kapoor exposée à Mexico City en mai 2016

La guerre des couleurs

10 min
À retrouver dans l'émission

Après avoir privatisé une certaine nuance de noir, Anish Kapoor est interdit de rose...

Une sculpture d'Anish Kapoor exposée à Mexico City en mai 2016
Une sculpture d'Anish Kapoor exposée à Mexico City en mai 2016 Crédits : DANIEL CARDENAS / ANADOLU AGENCY - AFP

Retour sur l’épisode précédent: il y a quelques mois, le célèbre plasticien britannique annonçait avoir mis la main sur une couleur nouvelle, le Vantablack, un noir plus noir que noir qui absorbe 99,97% de la lumière visible, une couleur créée par un laboratoire anglais lui aussi, Nanosystem qui lui en avait réservé l’exclusivité. Cette privatisation d’une couleur avait provoqué un tollé dans le monde de l’art, et fait grand bruit un peu partout, il faut dire que le sieur Kapoor est un habitué des tollés en général, quelques semaines avant il n’avait été question que de ses sculptures à Versailles, ce fameux “vagin de la reine” qui avait fait l’objet de graffitis antisémites. Bref, si vous voulez de la polémique dans le monde de l’art contemporain, appelez Anish Kapoor vous pouvez être sûr d’en avoir. J’en reviens à mon histoire de noir plus noir que noir, plusieurs artistes et directeurs de maisons s’étaient alors indignés de la possibilité même d’un tel monopole sur cette couleur apparemment vraiment exceptionnelle, ils y voyaient une infraction à une loi implicite selon laquelle une couleur n’appartiendrait à personne, mais aussi souvent l’expression d’un complexe mégalomaniaque carabiné.

La mégalomanie d’Anish Kapoor a encore frappé ces derniers jours, il a publié sur son compte Instagram, qui est ce réseau social uniquement consacré à la diffusion de photographies fort fréquenté par les people, il a donc publié un majeur levé, recouvert en partie d’une poudre rose du plus bel effet. A qui s’adresse ce doigt d’honneur? Et bien à son compatriote l’artiste britannique Stuart Semple, qui a créé cet automne un pigment intitulé “PINK”, plus rose que rose donc cette fois-ci, accessible à tous via un site internet pour la modique somme de 3 livres et 99 centimes, à, sauf à Anish Kapoor. Si vous voulez vous procurer cette couleur Arnaud, il vous faudra donc signer la déclaration suivante: «Vous déclarez que vous n'êtes pas Anish Kapoor, que vous n'êtes en aucun cas en relation avec Anish Kapoor, que vous n'achetez pas cet article pour le compte d'Anish Kapoor ou l'un de ses associés. À votre connaissance, cette peinture ne finira pas entre les mains d'Anish Kapoor». On aurait pu croire que le principal concerné n’aurait pas fait grand cas de cette petite blague vengeresse, mais si, en témoigne donc cette fameuse photographie postée sur Instagram, qui prouve que l’artiste a bel et bien réussi à se procurer le rose plus rose que rose et qu’il compte bien le faire savoir. Tout ça est plutôt amusant, mais au delà de la farce et de la provocation, qu’est-ce que cette petite guerre des couleurs dit; est-ce que cette idée de privatiser une nuance, ou une matière, est chose nouvelle dans le monde de l’art?

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
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