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Une des "Folies" de Bernard Tschumi dans le Parc de la Villette à Paris

La Micro-Folie de Sevran ou comment "amener l'art en banlieue"

13 min
À retrouver dans l'émission

Un musée numérique vient d'ouvrir dans un quartier sensible de la ville, pour faire découvrir aux plus jeunes des oeuvres des grands musées et monuments parisiens.

Une des "Folies" de Bernard Tschumi dans le Parc de la Villette à Paris
Une des "Folies" de Bernard Tschumi dans le Parc de la Villette à Paris Crédits : MANUEL COHEN / MCOHEN - AFP

Folies, du nom des ces structures rouges métalliques que l’architecte Bernard Tschumi a semées dans le parc de la Villette à Paris, et qui essaiment au-delà du périphérique. Le 12 janvier dernier a été inaugurée une “Micro-Folie” à Sevran, dans le quartier des Beaudottes, destinée à accueillir trois structures, un café associatif, un atelier et un Musée numérique. C’est surtout de ce dernier qu’on se félicite à Sevran, et dans la presse, au nom du principe de décentralisation, et de la démocratisation culturelle dans un lieu duquel la culture serait “absente”, dans un lieu où plus d’un tiers de la population a moins de vingt ans. Alors qu’est-ce que ce musée numérique? C’est en fait une salle dans laquelle on peut visionner avec l’aide de médiateurs plusieurs oeuvres et plusieurs lieux, sur grand écran, ou sur des tablettes, avec la possibilité virtuelle donc de circuler ou d’agrandir certains détails, d’accéder aussi à des conférences, visites guidées, et concerts en direct. Les établissement partenaire sont fort prestigieux, ils sont au nombre de huit: la château de Versailles, le Centre Pompidou, le Musée du Louvre, le Musée du quai Branly, la Philharmonie, le Grand Palais et Universcience. Les oeuvres accessibles sont des grands classiques, la Joconde, des Picasso, des dessins d’Hokusaï: une sorte de condensé des chefs d’oeuvres des musées publics. Alors dans ce que j’ai pu lire sur le sujet tout le monde se félicite, au Ministère de la Culture, qui va financer le fonctionnement de la Micro-Folie à hauteur de 600 000 euros, à la Mairie de Sevran, et surtout à la direction du projet, Didier Fusillier le Président de la Villette le premier qui a déclaré que le lieu aurait l’ambition “de permettre un accès à la culture pour tous, de sensibiliser aux pratiques artistiques les populations qui en sont le plus éloignées, s'appuyer sur la créativité des habitants afin qu’ils soient les acteurs de la vie culturelle”. De fait le premier week-end d’ouverture ne dément pas cette attente, puisque plusieurs milliers de personnes ont défilé dans la Micro-Folie de Sevran, et surtout des jeunes. Plusieurs villes ont le projet de reproduire cette expérience, à Avignon, à Denain dans le Nord, et dans d’autres quartiers sensibles d'Ile de France. Faut-il vraiment s’en réjouir? Quand le Figaro titre “Micro-folie: au musée sans quitter sa cité”, personnellement ça me rend assez triste. Et ça m’a aussitôt fait penser à un précédent évènement: il y a quelques mois une enseignante d’un musée de Stains, autre banlieue “à problème”, s’était indignée auprès de plusieurs médias de l’accueil réservé par l’équipe du Musée d’Orsay à ses élèves dont une grande partie mettaient les pieds pour la première fois dans ce lieu, et qu’on aurait traités assez brutalement, leur intimant sans cesse de se taire alors qu’ils se comportaient selon elle tout à fait correctement dans les salles.. L’affaire avait fait un peu de bruit, obligeant la direction du Musée à s’expliquer. La Micro-Folie de Sevran est à 20 minutes de RER du centre de Paris, à 30 minutes disons du Musée d’Orsay, où on peut voir des oeuvres en vrai… Par ailleurs le biais virtuel, à l’heure où tout le monde a un smartphone connecté sur soi et peut voir la Joconde en quelques secondes paraît bien dérisoire. Bref, est-ce qu’on peut se contenter d’un tel manque d’ambition de la part des pouvoirs publics?

Intervenants
  • Journaliste à Télérama
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
L'équipe
Production
Réalisation
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