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Jean Eustache, La Maman et la Putain (Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont), 1973

La Nouvelle Vague sur scène

9 min
À retrouver dans l'émission

Ces derniers temps le théâtre français s'empare allègrement du matériau cinématographique, et en particulier des films de la Nouvelle Vague.

Jean Eustache, La Maman et la Putain (Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont), 1973
Jean Eustache, La Maman et la Putain (Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont), 1973 Crédits : KOBAL / THE PICTURE DESK - AFP

Je m’interroge sur le goût prononcé du théâtre français ces dernières années pour le cinéma, et en particulier pour le cinéma de la Nouvelle Vague. On a pu voir plusieurs spectacles qui entretiennent des rapports d’ailleurs très différents avec cette source première, le dernier étant celui de Thomas Quillardet, un diptyque inspiré de deux films d’Eric Rohmer, Le Rayon vert et Les Nuits de la pleine Lune - le spectacle est d’ailleurs toujours en tournée. En l’occurrence il explique qu’il a découvert les scenarii des films de Rohmer, qui se considérait moins comme un réalisateur que comme un “auteur de films”, et qu’il a trouvé dans ces textes-là une valeur théâtrale évidente. Si Quillardet est dans un rapport très proche avec le cinéma de la Nouvelle Vague, d’autres évoquent un lien plus ténu, c’était le cas par exemple d’un spectacle qui s'intitulait Il faut toujours terminer ce qu’on a commencé (Le Mépris), écrit et mis en scène par Nicolas Liautard, et qui lui revendiquait la référence au film de Godard mais de manière indirecte, en passant par le roman de Moravia qui l’inspirait. Là aussi le metteur en scène, même s’il ne voulait pas coller au scénario du Mépris, parlait de Godard et du rythme cinématographique qu’il avait voulu insuffler à son spectacle. Même lien ténu pour le spectacle de Julie Duclos, Nos serments, il y a quelques années, lointaine évocation de La Maman et la Putain de Jean Eustache, un film culte qui a décidément une belle fortune théâtrale puisqu’il a aussi inspiré un spectacle de Dorian Rossel Je me mets au milieu mais laissez moi dormir, là pour le coup de manière beaucoup plus directe: les comédiens sur scène disaient non seulement une partie du dialogue mais aussi toutes les “didascalies”, décrivant les mouvements des personnages à l’écran et le décor dans lequel ils évoluaient successivement. Alors à quoi correspond ce goût du théâtre français pour ce cinéma-là? Il y a probablement d’abord une redécouverte de Rohmer, Godard, Eustache ces dernières années après peut-être une période où ils ont un peu passé de mode, certains metteurs en scène jeunes comme Julie Duclos ou Thomas Quillardet découvrent ces films et ces réalisateurs, ça se voit d’ailleurs au cinéma aussi, plusieurs jeunes réalisateurs revendiquent la filiation. Ce qui est intéressant et commun à ces différents metteurs en scène, c’est le discours qu’ils tiennent sur le jeu théâtral et le jeu ce jeu particulier qu’ils ont découvert dans les films de la Nouvelle Vague, Nicolas Liautard par exemple dans sa note d'intention, estime que son rapport à Godard vient d’une recherche commune d’une “certaine vérité du jeu”, et explique que le projet vient d’ailleurs de la proposition d’une comédienne, Aurélie Nuzillard. Julie Duclos elle rappelle dans la genèse de son projet qu’au Conservatoire où elle a étudié il y a quelques années, Philippe Garrel leur avait fait travailler des extraits du scénario de La Maman et la Putain. Thomas Quillardet raconte lui avoir demandé expressément à ses comédiens de ne pas revoir les films de Rohmer pour ne pas tomber dans l’imitation du cinéma au théâtre, et c’est frappant de constater que malgré tout ils trouvent souvent sur scène le ton et parfois même le rythme des scènes filmées par Rohmer. Il semble ainsi que s’opère une convergence entre un certain cinéma des années soixante-soixante dix et le théâtre français d’aujourd’hui: comment l’expliquez vous?

Bibliographie

Le Rayon vertEric RohmerLes Films du Losange, 1986

Intervenants
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