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Une salle de cinéma de la société Europacorp de Luc Besson

La salle de cinéma de demain

11 min
À retrouver dans l'émission

Le CNC vient de faire paraître un rapport sur l'avenir de la distribution cinématographique en France.

Une salle de cinéma de la société Europacorp de Luc Besson
Une salle de cinéma de la société Europacorp de Luc Besson Crédits : Eric Piermont - AFP

Il y a quelques jours le CNC a publié un rapport intitulé: “la salle de cinéma de demain” . Le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée émet à cette occasion une série de projections et de recommandations. Ces recommandations sont nombreuses et surtout posent des tas de questions qui pourraient à elles-mêmes faire autant de petits salons, notamment celles de la salle connectée, du prix des places ou de l’entrée en trombe de l’Asie dans le marché de la distribution, que je laisse de côté pour le moment. La première des constatations et des recommandations concerne le retour des salles de cinéma dans les centre-villes. Le rapport ancre une distinction bien connue déjà entre les salles de centre-ville et les gros multiplex de périphérie: du côté des multiplex, l’enjeu est technologique - il s’agit d’améliorer les équipements pour faire définitivement de ces grosses salles des lieux dédiés aux blockbusters et à des expériences sensorielles de plus en plus inédites, du côté des cinémas en ville, l’enjeu est davantage architectural et fonctionnel. Il est intéressant de ce point de vue de citer les exemples que le rapport met en oeuvre. Parmi les modèles de cinéma de centre-ville, on trouve un cinéma espagnol, le “Numax”, seul cinéma du centre de Saint Jacques de Compostelle, qui est aussi une librairie, un café et un laboratoire de création vidéo. Il a ouvert en 2015, a été dessiné par un cabinet d’architectes qui s’appelle “Habitat social”, et il est autogéré. Il incarne ce que le rapport préconise, à savoir un cinéma qui soit un “lieu de vie” je cite, au delà de l’activité seulement cinématographique, donc à la fois de développer des activités annexes, de restauration, de commerce, de création, mais aussi d’ouvrir les salles à d’autres possibilités: la projection de spectacles, de concerts, l’organisation de conférences etc. D’où la question architecturale: un cinéma qui propose diverses activités est un lieu qui n’est pas seulement une salle ou un ensemble de salles obscures, et le rapport du CNC préconise une vraie évolution de ce point de vue, il est vrai que peu de grands architectes se sont intéressés au bâtiment cinéma, beaucoup moins qu’aux musées, théâtres et opéras. D’une certaine manière il s’agit de dédramatiser le lieu cinéma, d’allonger le temps d’entrée dans la salle, de détourner les pas du spectateurs vers d’autres activités. Parfois même jusque dans la salle. Le rapport évoque en effet la chaîne de cinémas de luxe “Everyman cinema”, qui propose carrément de dîner dans la salle. Est-ce que ce n’est pas une manière de banaliser l'événement de la projection cinématographique? Pourtant le rapport du CNC se place sous l’égide d’une heureuse citation extraite d’un ouvrage de Laurent Creton et Kira Kitsopanidou, qui préconise je cite “ de faire exister de l’inhabituel, voire de l’exceptionnel, de nature à susciter un désir n’ayant pas été rendu évanescent par un tourbillon de consommation effective ou potentielle qui l’annihile avant même de lui avoir permis de naître.”

Intervenants
  • Rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma
  • Critique de cinéma
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
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