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le Roi Béhanzin du Bénin pose à côté de la statue de son ancêtre lors de sa visite au Musée du Quai Branly en 2010.

Le Bénin réclame ses trésors nationaux

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Il y a quelques jours, la France a répondu par la négative à une demande de l'Etat béninois de restitution de certains objets exposés dans des musées publics.

le Roi Béhanzin du Bénin pose à côté de la statue de son ancêtre lors de sa visite au Musée du Quai Branly en 2010.
le Roi Béhanzin du Bénin pose à côté de la statue de son ancêtre lors de sa visite au Musée du Quai Branly en 2010. Crédits : BORIS HORVAT / AFP - AFP

"L’avenir de l’art est en Afrique" titrait Télérama la semaine dernière en couverture, alors que l’art contemporain africain est à l’honneur en ce printemps dans la capitale. L’art contemporain est peut-être en Afrique, mais l’art ancien n’y est lui toujours pas. Le 13 mars dernier, la France opposait une fin de non-recevoir aux demandes des restitutions du Bénin. Une demande formulée par une lettre adressée le 26 août 2016 par le Ministre des affaires étrangères béninois Aurélien Agbenonci à son homologue français, et qui rappelait notamment - je cite une partie de la lettre reproduite par le Journal des Arts: “qu’en 1892, à la défaite des troupes du royaume du Danxomè, les armées coloniales françaises, en arrivant à Abomey, ont détruit le palais du roi Béhanzin et emporté de nombreux objets extrêmement précieux qui se trouvent aujourd’hui dans plusieurs collections publiques et privées de la République française, notamment au Musée du Quai Branly”. Jean-Marc Ayrault a donc la semaine dernière donné une fin de non-recevoir à cette requête, invoquant la convention de l’Unesco ratifiée en 1970, une convention mise en application par la France depuis 1997 et qui interdirait selon le Ministère une telle restitution. Je cite la réponse: “les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date, parfois depuis plus d’un siècle, au domaine public mobilier de l’Etat français. Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis au principe d'inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d'insaisissabilité”. Peut-être l’Etat béninois espérait-il un infléchissement de la politique culturelle française en la matière après la restitution en 2012 de têtes Maori à la Nouvelle Zélande, mais en fait le statut de ces têtes était différent, considérées comme des restes humains. Pourtant dans le fond la question symbolique est la même, celle du statut d’objets volés dans les mêmes conditions de violence. L’année dernière Louis-Georges Tin, à la tête du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de FRANCE) avait publié dans le Monde une tribune appuyant la demande béninoise intitulée “La France doit répondre positivement à la demande du Bénin”. Il rappelle que cette demande est une première émanant directement d’un Etat de l’Afrique subsaharienne et que pour cette raison elle a une forte valeur symbolique, dans le vaste contexte de la réparation des crimes liés à l’esclavage et à la colonisation. Selon Aminata Traoré ancienne ministre de la culture malienne 95% du patrimoine culturel de l’Afrique est en dehors de l’Afrique. Cette demande fait suite à une action organisée en 2013 au quai Branly par le CRAN pour montrer à la presse tous les objets pillés. Louis-Georges Tin concluait l’année dernière avec beaucoup d’espoir, espoir déçu aujourd’hui au nom de conventions écrites pour protéger le patrimoine et l’amitié entre les peuples: que faut-il en penser?

Intervenants
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
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